Naufrage au port de Douala PDF Print E-mail
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By Assongmo Necdem, Le Jour   
Thursday, 28 January 2010 11:33

En route pour Libreville avec 1 000 tonnes de marchandises, l’Alexandra Express a été percuté par un cargo dans la nuit du 26 au 27 janvier.

La nuit du 26 au 27 janvier 2009, l’Alexandra Express, en route pour Libreville au Gabon, n’est pas allé bien loin. Le caboteur a été percuté alors qu’il venait à peine de quitter le quai Boscam situé en aval du port de Douala, non loin de la base navale. « Il y a un chenal non loin de la base du Bir (Bataillon d’intervention rapide). A ce niveau, notre bateau était sur la voie menant à la haute mer, indiquée par le feu rouge.

 

La voie inverse conduisant au port est signalée par le vert. Mais un cargo qui allait dans ce sens a rejoint notre côté. Notre embarcation est bien petite par rapport à ce grand bateau. Nous avons essayé de l’éviter mais le contact s’est produit au niveau des flancs. Le cargo qui allait livrer du ciment n’a subi aucun dommage. Le choc a laissé une entaille sur notre bateau. L’eau a commencé à envahir la calle remplie de marchandises. Pour les sauver, il fallait rapidement rentrer au quai », raconte Ibrahim Moussa, un des onze membres de l’équipage. L’Alexandra Express, d’une capacité de 1.000 tonnes, avait fait le plein de marchandises, essentiellement des vivres. A en croire Ibrahim, le bateau transportait«1.500 sacs de water fufu (pâte de manioc, ndlr), 600 sacs d’arachide, 1800 sacs de haricot, de l’huile et bien d’autres produits ».

 

L’Alexandra Express, propriété de Gaston Kamga, a finalement atteint la rive. Mais au bout d’une heure, il a coulé. Bien que l’équipage ait monté la garde le reste de la nuit, les « oiseaux de nuit » ont sévi. Ces individus allant en pirogue ont réussi à voler une partie de la cargaison. Au petit matin, des sacs de choux flottent encore sur les eaux noires du fleuve Wouri. Le « port Gabon » est immédiatement envahi par des gendarmes de la brigade du port. L’entrée est filtrée. L’accès est interdit aux personnes dont le visage est inconnu. Les journalistes surtout. Arrivent aussi des commerçants dont les marchandises se trouvaient dans le bateau sinistré. Il faudra du temps pour faire le bilan des pertes. Un tel, exportateur d’huile de palme raffinée, a perdu 100 millions de F.cfa, tandis qu’une dame a déclaré avoir envoyé du maïs et du haricot d'une valeur de 1.500.000 F.cfa au Gabon à son frère qui devait les vendre.


Certaines denrées sont irrécupérables : des sacs de tapioca, du savon, etc. Des dockers sont mobilisés pour récupérer ce qui peut encore l’être, sous l’œil vigilant des gendarmes. Bidons d’huile et gourdes d’ablution en plastique sont parqués sur le quai. Il faut traverser les autres bateaux stationnés pour atteindre le caboteur naufragé dont une partie est déjà immergée. Il bloque désormais l’arrivée ou le départ des autres navires.

 

La nuit s’annonçait mal pour l’équipage de l’Alexandra Express. Vers 21 heures, les amarres ont été larguées. Mais la marée étant basse, le bateau n’est pas allé bien loin et a fait demi tour. Il s’est même embourbé. C’est vers 3 heures que la marée est montée. Le bateau a pris les eaux, cette fois pour un naufrage.

 

 

 

Accident : C’était prévisible

 

A la faveur d’un reportage au port Gabon, il y a quelques semaines, l’association des marins faisait observer que des manquements dans le contrôle de l’activité pourraient mener à des catastrophes.

 

Regardez ces bateaux, croyez-moi, un bon nombre ne devrait plus naviguer si l’on appliquait les règles en la matière. Vous vous souvenez du naufrage du Joola au Sénégal ? Ici, nous voyons souvent des bateaux si chargés qu’ils pourraient même couler. Et quand ces bateaux arrivent dans les pays voisins, au Gabon en l’occurrence où c’est assez strict, ils payent toujours des amendes. » Ainsi parlait Etienne Ongolo dans ces mêmes colonnes, à la faveur, il y a quelques semaines, d’un reportage au port Gabon. Le président de l’Association professionnelle et amicale des marins du port Youpwe (Asprampy) attirait alors l’attention de l’opinion sur les pratiques en vigueur dans ce port dans le port, celui à partir duquel les liaisons maritimes sont assurées entre le Cameroun et la sous région de l’Afrique centrale.

 

En attendant que l’enquête qui sera certainement ouverte sur le naufrage d’avant-hier ne nous renseigne sur les causes du sinistre, il faut bien se rendre à l’évidence. Les marins en particulier avaient très souvent sonné l’alarme, montrant du doigt des manquements qu’ils attribuaient à la marine marchande, pas assez regardante, à leur goût, sur les conditions de navigation, les conditions même de l’activité et du trafic au port Gabon. Ainsi, écrivions-nous, « tout est informel, il règne une grande anarchie dans le métier, envahi… par des aventuriers venus là se faire de l’argent. Et il y en manifestement ici. Les bureaux de certains armateurs se trouvent dans les cabines des navires et lorsque ceux-ci quittent le port, le bureau est transféré à la maison. D’ailleurs, les noms des navires servent d’identifiants aux armateurs. Parce qu’il règne de l’anarchie, tout le monde, sans qualification, peut être recruté pour travailler dans un navire. L’entretien des bateaux est loin d’être convenablement assuré. Les visites et les contrôles de navires sont plutôt rares et font penser à la visite technique des véhicules automobiles. »

 

Conscients du développement de l’activité au port Gabon, les marins faisaient remarquer que des sommes importantes d’argent s’y brassaient sans que l’Etat en particulier n’en profite vraiment en termes de taxes et autres droits. Encore appelé quai Boscam ou port Youpwe, le port Gabon accueille les navires qui transportent les marchandises et les passagers entre le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Congo, le Nigeria, Sao Tome e Principe et autres. Ce sont surtout des ferries, des bitcher et des caboteurs comme celui qui a coulé l’autre jour. Et qui, heureusement, n’a pas fait de victimes.
 

Article Le Jour

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Last Updated on Thursday, 28 January 2010 12:14
 
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