Communication gouvernementale: Le PM siffle la fin de la « cacophonie » PDF Print E-mail
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By Jean Francis Belibi, Mutations   
Wednesday, 07 April 2010 11:45

Les ministres ont été instruits sur les modes de communication en public et devant les députés par le Pm lundi dernier.

 

 

C'est sous la douce appellation de « séminaire gouvernemental » que le Premier ministre, Philémon Yang, a réuni l'ensemble de son équipe avant-hier dans l'immeuble abritant ses services à Yaoundé. Une rencontre qui pouvait du reste surprendre, puisqu'elle intervenait moins d'une semaine seulement après le traditionnel Conseil de cabinet mensuel de mars 2010. On aura d'ailleurs remarqué que tous les membres du gouvernement avaient pris des dispositions pour être dans les services du Premier ministre à 11 heures comme indiqué.

 

Tous étaient tenus de prendre part à ces assises qui se tenaient, selon nos sources, « sur instructions de la très haute hiérarchie » et qui, comme on a pu le constater, n'ont fait l'objet d'aucune ligne dans la presse gouvernementale. Des sources indiquent qu'il aura été beaucoup question dans la communication spéciale du Premier ministre, Philémon Yang, de « la solidarité et du sens de la responsabilité des membres du gouvernement sur leurs sorties, tant en public que devant les députés à l'Assemblée nationale ». Le chef du gouvernement se serait étonné de ce que certaines des sorties de membres de son équipe n'étaient pas toujours de nature à créer une certaine harmonie au sein de l'équipe, et pouvaient même mettre à mal la posture du chef de l'Etat.

 

Face à cette sortie de Philémon Yang qui n'était pas non plus de nature à ramener la sérénité entre les membres du gouvernement présents, puisqu'il n'avait indiqué aucun fait en particulier, ni pointé du doigt aucun des ministres, l'un d'eux, selon la même source, a alors demandé à prendre la parole pour qu'il y ait plus d'éclairage et même de précisions sur les auteurs des sorties « afin de mieux se conformer aux instructions de la hiérarchie ».

 

La réponse viendra, non pas du Premier ministre lui-même, mais d'un membre de son équipe, présenté comme l'un des proches du sérail. C'est lui qui indiquera donc au reste de l'assistance qu'il s'agit des sorties de certains des leurs à l'Assemblée nationale et devant les médias, notamment sur l'application au Cameroun de l'article 66 de la Constitution sur la déclaration des biens et avoirs pour certaines personnalités. Il n'en fallait pas plus pour les uns et les autres de se rendre compte que les personnes « mises en cause » ne sont autres que le vice Premier ministre chargé de la Justice, Amadou Ali, et le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary.

 

La remarque à Ali

 

Pour le premier qui, d'après nos informations, aurait d'ailleurs été interpellé par le chef de l'Etat Paul Biya au palais de l'Unité le 24 mars 2010 lors de la réception offerte en l'honneur de M. Jia Qinglin, président du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (Ccppc), c'est sa dernière sortie à l'Assemblée nationale sur la non application des dispositions de article 66 de la constitution qui serait en cause.


On se rappelle que le vendredi 12 mars dernier, interpellé par un élu Sdf sur le non respect du calendrier qu'il avait annoncé en 2008 sur l'entrée en application de l'article 66 de la loi fondamentale, Amadou Ali avait déclaré aux députés que « … Le 4 décembre 2008 la Chancellerie avait reçu l'avant projet de décret d'application pour être réexaminé avant d'être soumis à la sanction de la très haute hiérarchie au cours du premier semestre 2009. Mon département s'est effectivement acquitté de cette tâche… ».

 

Pour bien se faire comprendre, le Garde des Sceaux indiquera d'ailleurs que la réunion interministérielle du 26 mars 2009, s'était tenue à cet effet. « Une mouture du projet avait été transmise à la hiérarchie en octobre dernier (octobre 2008, ndlr) ».

 

Toutes choses qui laissent penser que le blocage de cette disposition constitutionnelle serait de la volonté du président de la République, d'où la remarque de Paul Biya à Amadou Ali au palais de l'Unité le 24 mars dernier, quand il s'étonnait, s'adressant au Garde qu'il ignorait que c'est lui qui bloquait tout.

 

La convocation du séminaire gouvernemental de lundi, trouve là sa justification ; on comprend l'embarras qu'a pu éprouver le gouvernement à communiquer sur ce sujet.

 

Quant à Issa Tchiroma Bakary, l'on se souvient encore de sa sortie médiatique, après la publication par l'Afp et le site Internet du magazine Jeune Afrique d'informations sur une utilisation à des fins autres que judiciaires de l'Opération épervier par le gouvernement camerounais.

 

Le ministre de la Communication s'était illustré, le 2 février 2010 dans une sortie médiatique qui avait laissé pantois même les membres du corps judiciaire, sur l'application de l'article 66 de la constitution sur la déclaration des biens et avoirs, en indiquant notamment que le chef de l'Etat pouvait transiger sur l'application de cette disposition, et surtout sur le remboursement par certains prévenus des sommes qui leur sont imputées dans le cadre de l'Opération épervier.

 

Des remboursements qui, selon lui, mettaient ces prévenus désormais à l'abri de tout soupçon. Là aussi, il s'agissait pour Issa Tchiroma d'une mauvaise interprétation de ses propos.

 

Face aux députés le même 12 mars, il déclarait « À aucun moment de ma communication, il n'a été question de transiger sur l'obligation citoyenne de respecter les dispositions générales et impersonnelles de notre loi fondamentale ; l'article 62 du code de procédure pénal prévoit explicitement une possibilité d'extinction de l'action publique par la transaction, à la condition que la loi le prévoit expressément…Le fait qu'aucune loi ne le prévoit à l'état actuel de notre législation en matière de détournements de deniers publics n'exclut pas, pour la compréhension de tous, l'intérêt cognitif de l'évocation de cette disposition pertinente, mais non encore applicable aux cas de détournements de deniers publics… »

 

Une cacophonie à laquelle Philémon Yang a été sommé de mettre fin dans la plus grande discrétion, comme on a pu le constater lundi dernier.


Aristicle Mutations

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