Messanga Nyamding : « il ya trop d’institutions de lutte contre la corruption » PDF Print E-mail
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By Francis Sabikanda   
Tuesday, 08 December 2009 14:45

 A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la corruption qui se célèbre ce 09 décembre 2009 le politologue, et chargé de mission au comité central du RDPC, évalue la lutte contre la corruption au Cameroun.



Camerounactu : Quel est votre regard sur la corruption au Cameroun ?


M.N :
C’est un fléau qui touche tous les Camerounais, surtout les jeunes sérieux. Elle a un coté pervers, puisqu’elle n’entame pas seulement ceux qui l’initient. Elle appauvrit tous les compatriotes et pervertit la société. Elle entraine également d’autres fléaux tels que la prostitution, l’alcoolisme et tout ce que vous pouvez imaginer de mauvais.


Camerounactu: Pensez-vous qu’on a atteint un point de non-retour ?


M.N : non. Je crois que c’est un problème générationnel. Et quand je parle de générationnel, ce n’est pas en terme d’âge, mais c’est en terme de personnes. Parce que quand vous vivez dans une société dépolitisée ou les principaux acteurs qui tiennent les décisions ne relèvent que de la bureaucratie, les choses ne peuvent pas avancer.

Il faut des véritables politiciens et prendre conscience que ce n’est pas en dehors du cadre politique qu’on peut venir à bout d’un tel fléau. Il faut donc une prise en charge du politique avec des cadres politiques et des militants engagés qui défendent partout leurs idéaux. C’est comme une équipe de football qui doit défendre sa victoire. Or chez nous nous avons l’impression qu’il y a un décalage entre l’engagement politique et la promotion administrative. Tant que les deux ne seront pas liés, nous n’allons pas résoudre nos problèmes. C’est ce qui fait la force des systèmes occidentaux. Et on parle de plus en plus en sciences administratives, des systèmes stato-centriques. C'est-à-dire qu’il y a un pouvoir qui vient du centre et il y a la périphérie qui attend les retombées de ce pouvoir. Or chez nous il y a plutôt des déviances bureaucratiques qui font que la corruption est entretenue, parce que les tenants du pouvoir décisionnel ne sont pas des politiques et n’ont pas de compte à rendre. Et c’est pourquoi je pense que le RDPC qui est le parti au pouvoir, devrait davantage prendre ses responsabilités. Car on remarque que tous ceux qui sont promus dans la haute administration centrale, ne sont pas toujours des gens qui croient aux idéaux de ce parti et du Président de la République. Ils se découvrent militants le jour même ou ils sont nommés. Or lorsque le Président de la République lui-même, lors du troisième congrès du RDPC, dénonce l’inertie et parle des militants de façade, c’est parce qu’il sait qu’il y a des déviances non seulement au sein du parti, mais aussi dans l’administration où il y a des gens qui ne comprennent rien des idéaux de rigueur et de moralisation. Si on restait dans l’orthodoxie d’antan, c'est-à-dire la rigueur et la moralisation, il n’y aurait pas de corruption. Il faut donc ressusciter une classe politique consciente qui va accompagner le Chef de l’Etat dans ses missions. Car la corruption est aujourd’hui devenue endémique, parce que c’est un phénomène apolitique mené par une bande de bureaucrates qui ne pensent pas à servir le peuple, mais plutôt à se servir.


Camerounactu: a lutte contre la corruption est l’une des priorités du gouvernement. Que pensez-vous de cette lutte ?


M.M: Il y a énormément d’institutions mises en place par le Président de la République. Prenons par exemple la Conac. Elle est devenue un « machin » qui apparemment n’est plus opérationnel, ne se fait plus entendre. Alors que dans certains secteurs non seulement de l’administration publique, mais également dans le privé, la corruption sévit de plus en plus. On peut donc se poser la question de savoir, pourquoi la Conac à laquelle le Chef de l’Etat a accordé quasiment une immunité absolue aux membres, qui peuvent se rendre dans une région et initier un contrôle, nous nous demandons ce que cette Conac attend pour nous dire par exemple ce qui se passe en matière de politique de marché public. Vous avez également l’ANIF (Ndlr : Agence nationale d’investigations financières). Que fait l’Anif ? Si toutes ces institutions prenaient conscience du rôle qui leur est dévolu, je pense que ne serait-ce que de manière dissuasive il y aurait des actions entreprises. Et ce qui est paradoxal, c’est qu’à côté de ces deux institutions, on a également le contrôle supérieur de l’Etat, le programme national de gouvernance et les cellules anti-corruption dans les ministères. Or lorsque vous voyez, le problème est structurel. Lorsque que vous pensez par exemple que les membres des cellules anti corruption sont les fonctionnaires de ces mêmes ministères. Comment voulez vous que cette corruption cesse ?


Camerounactu: Est-ce que c’est un problème d’homme dans ces institutions ?


M.N : c’est d’abord un problème structurel. La crise structurelle a entrainé la crise de la société et a incité certaines personnes à poser de tels actes. Il faut dire que le Cameroun comparativement à certains pays africains a de très bonnes institutions pour lutter contre la corruption. Mais ces institutions sont perverties par des hommes qui les contournent à chaque fois. Il faut donc lutter contre ces perversions. Il faut par exemple permettre à ces membres d’avoir un mandat bien défini et demander à ces institutions de publier de manière mensuelle ou trimestrielle leurs rapports d’activités.


Camerounactu: Vous dites qu’aucun résultat n’est visible, pourtant il y a de nombreux hauts commis de l’Etat qui sont derrière les barreaux à l’issue du travail de ces institutions.


M.M : remercions le ciel que ce soit d’abord une initiative du Chef de l’Etat lui-même qui, au regard de certaines informations en sa possession, a demandé à la justice de faire son travail. Tout est à l’honneur du Président de la République qui est partout : dans le sport, dans la politique, dans la lutte contre la corruption, dans les problèmes éducatifs. Ce n’est pas possible. Le Président de la République ne peut pas régler à lui seul tous les problèmes de la nation. Il faut donc qu’on prenne conscience de cela. Que certains collaborateurs du Chef de l’Etat se réveillent et prenne à chaque niveau leurs responsabilités. C’est pourquoi je pense qu’il y a un problème de ressources humaines, de casting.


Camerounactu: Garga Haman Adji à la Conac. Vous pensez que c’est un mauvais casting ?

 

M.N : On pouvait espérer que M Garga qui va parfois au-delà de la réserve autorisée dans la critique, pouvait rendre cette institution forte. Maintenant si certains pensent qu’être membre de la Conac ou de l’Anif est une promotion tout simplement, ça ne pourra pas marcher. Qu’on cesse de croire que lorsque le Président da la République fait confiance à certaines personnes, c’est une récompense. Il faut avoir l’esprit de mission et non l’esprit de récompense. Comment voulez-vous que les choses marchent lorsque vous fêtez quand vous êtes nommés à la Conac ? Vous célébrez. Vous invitez les gens manger et boire. C’est inadmissible !

 

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Last Updated on Tuesday, 08 December 2009 18:38
 
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