| Obsèques de Pius Njawé : Le gouverneur avait – il le droit d’interdire de parole Célestin Monga ? |
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| By Administrator | |||
| Wednesday, 11 August 2010 15:30 | |||
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Rhoméo Mbadzana Awono, titulaire d’un Master en Relation Internationale obtenu à l’Iric lève un pan de voile sur cette question qui passionne l’opinion publique depuis l’incident de samedi 7 août 2010. L’intégralité de son argumentaire.
C’est avec une dose d’émotive curiosité que j’apprends dans divers canaux communicationnels que l’hommage à Pius Njawé dans le cadre de ses obsèques reste inachevé. L’homme de média a été inhumé comme il a vécu, c'est-à-dire dans la tourmente des arrestations et autres prisons cellules de la République. Cette césure, disons la rupture du respect dû aux morts, prend au cours des obsèques du désormais célèbre Pius Njawé le double visage de M. Célestin Monga et de M. le Gouverneur de la région de l’Ouest. Le premier a voulu prendre la parole pendant que l’autre ne le lui a pas permis : motif du refus pris de ce que la lecture du message du Chef de l’Etat (par un adjoint d’arrondissement) venant d’être faite, cela clôturait par conséquent la série des allocutions programmées aux obsèques.
En bref M. le Gouverneur se prévaut de ce qu’après la prestation scénique du lecteur de la note du Chef de l’Etat, toute prise de parole devient caduque parce que non autorisée. Pourtant, il appert que le Gouvernement était plutôt mis en relief par le représentant du ministre de la Communication, en l’occurrence Albert Mbida. Ce dernier n’a fait que lire un témoignage personnel de ce qu’il y a de plus classique en l’espèce. Quelle serait donc la place de M. le Gouverneur dans toute cette histoire ? Peut-on conclure à un abus de fonction ou d’autorité ? Rien n’est moins évident en l’espèce.
Au nom de la vérité des faits et du support constitués par les textes réglementaires, pour l’honneur du Droit auquel l’allégeance est obligatoire, regardons de plus près si en toute légalité et légitimité républicaines, M. le Gouverneur a eu raison de s’interposer ainsi contre la prise de parole de M. Célestin Monga. Pour le faire, il va falloir donner une suite aux multiples questionnements qui jaillissent ici et là et dont les réponses, aussi laconiques soient-elles, aideront les indécis à s’observer un positionnement adéquat ; ceci au gré et à la faveur d’une disposition légale qui gagnerait être bien connue : le décret n°76/ 424 du 16 septembre 1976, fixant les règles de protocoles à observer en matière de cérémonies publiques, préséances, honneurs civil et militaires. Cette contribution a ainsi une prétention davantage scientifique qui a, à mon sens, l’avantage d’une portée juridique globale. Sans plus !
Tout ce qui est public l’est en principe au su de tous. Il s’agit d’un spectacle ordinaire, fut-il funèbre en l’espèce, d’une cérémonie à laquelle le plus grand monde peut assister, sans que pour la circonstance l’on ait besoin d’un carton d’invitation. La nouvelle du décès de Pius Njawé a été connu de tous car suffisamment surmédiatisée : on ne pouvait mieux se servir que par soi-même! Si bien que ses obsèques ne pouvaient qu’être publiques, car accessibles à tous.
II- La cérémonie des obsèques de Pius Njawé avait – elle un caractère « officiel » ou alors « national » ?
Notre tableau de bord demeure le décret de 1976 cité plus haut. En nous reportant à son article 86, on y lit sans aucune peine que «les obsèques officielles ont lieu à l’occasion du décès d’un membre du Gouvernement, d’une haute personnalité camerounaise ou d’un chef de mission diplomatique à l’étranger ». L’usage du présent de l’indicatif -« ont lieu »- a un caractère déterminant qui donne à l’occasion le message d’une posture de réalisation d’immédiateté.
En réalité, le décès de l’une des personnalités donne droit ipso facto à des obsèques officielles. Pourtant, Pius Njawé n’a été ni membre du Gouvernement, ni chef de mission diplomatique. Peut-il davantage avoir été considéré comme une « haute personnalité » ? Peut-être ! Dans l’affirmative et pour ce cas ultime, il aurait bénéficié de ce privilège d’avoir droit aux obsèques officielles telles que prévues par la réglementation en vigueur. Mais à l’évidence, aucun autre texte particulier en rapport avec le décès du défunt ne vient faire suite à cet article 86 du texte pertinent de 1976. Il n’y a pas d’obsèques officielles sans texte présidentiel : l’administration n’étant pas verbale. On peut ainsi conclure à bon droit que les obsèques de Pius Njawé n’étaient pas officielles. Car celui-ci n’entrait pas dans le triptyque des bénéficiaires de ce privilège des morts. Le principe des obsèques nationales, quant à lui, autorise au départ que seuls le chef d’Etat en service et décédé puisse en bénéficier. Cf. article 83 de la loi de 1976. Mais c’est dans cette même disposition légale, comprise dans le titre XII dudit décret, que se trouve l’exception qui accorde au chef de l’Etat la possibilité de permettre que des «obsèques nationales (puissent) être organisées en l’honneur des citoyens ayant bien mérité de la patrie. » Or et pour le cas d’espèce, rien n’a été dit allant dans ce sens ; puisque de toute façon cette décision est prise « à titre exceptionnel et par décret. » Il n’y a donc en définitive rien eu ; rien pouvant aider à conclure de l’existence des obsèques tant « officielles » que « nationales » pour le regretté Pius Njawé. En réalité le chef de l’Etat n’a même pas été représenté au cours de cette cérémonie ; tout au moins dans un caractère aussi solennel et tout aussi officiel ! Cela a-t-il été le cas qu’il ait été représenté ? Quel aurait donc été la place de son Représentant spécial à ces obsèques ? Hypothèse d’école oblige !
III- La place du représentant spécial du chef de l’Etat au cours de cette cérémonie.
Il faut se référer au décret N° 76/424 du 16 septembre 1976, portant sur les règles du protocole à observer en matière de cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires. Notamment le titre VI qui est ici convoqué, car consacré aux cérémonies présidées par d’autres personnalités et principalement de sa Section I dont l’intitulé est assez évocateur : «cérémonies présidées par un représentant spécial du chef de l’Etat ». L’article 36 qui pré imine la section sus-évoquée, accorde à son alinéa 1, la plénitude des honneurs dus au chef de l’Etat à son représentant spécial. Ce dernier, au même titre que le chef de l’Etat qu’il représente, «arrive au lieu des cérémonies le dernier et reçoit les honneurs dus à son rang personnel ». Concrètement donc, s’il s’avère, et cela indicateur textuel à l’appui, que M. le Gouverneur a effectivement représenté le chef de l’Etat à la cérémonie des obsèques de Pius Njawé, alors il bénéficie des dispositions de l’alinéa 1 attenant à l’article 36 du décret sus-cité.
Mais seulement et parce qu’il n’est que Représentant du chef de l’Etat, l’alinéa 2 du même article apporte des restrictions subséquentes pour ce qui concerne les honneurs dus au Représentant spécial du chef de l’Etat. Cet article à son alinéa 2, dispose ainsi avec une optique minimaliste que «Toutefois, lorsqu’une personnalité est désignée pour présider à la place du chef de l’Etat une cérémonie (…), elle peut recevoir tout ou partie des honneurs prévus pour cette circonstance.» Or et justement, la prise de parole en l’espèce fait partie intégrante du listing des honneurs concernés.
C’est peut-être conscient de cet état de chose que le service du protocole des obsèques a décidé d’autoriser une prise de parole à M. Célestin Monga. Car légalement, il demeure possible de prendre la parole après le passage du Représentant spécial du chef de l’Etat. Mais ici aux obsèques de Pius Njawé, il s’est juste agi de la lecture du message du chef de l’Etat présentant ses condoléances à la famille éprouvée. D’où vient-il qu’un tel message, lu par un adjoint d’arrondissement, puisse comporter des obligations protocolaires inédites à notre connaissance?
Y a-t-il eu toutefois présence effective du Représentant spécial du chef de l’Etat ès qualité ? Le lecteur du message présidentiel avait-il la casquette de Représentant spécial ou n’était – il qu’un lecteur de circonstance, donc dépouillé de tous les encombrements honorifiques qui devaient lui échoir ? D’où vient-il par ailleurs que le message n’ait pas été lu par M. le Gouverneur en personne ? Y a – t – Il eu ou a-t-il été décidé de l’organisation des obsèques «nationales» ou même «officielles » au défunt Njawé ? Jusqu’ici, l’intervention de M. le Gouverneur n’est pas encore justifiable ! Dura lex, sed lex !!! E-mail: This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it
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| Last Updated on Wednesday, 11 August 2010 16:58 |
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à Rhoméo Mbadzana Awono devrait sans doute être au-dessus de la moyenne.
Toutefois, il convient de ressortir que la responsabilité des organisateurs des
obsèques de Pius Njawé est importante dans ce qui s'est passé, le casting
nécessitant que Célestin Monga qui venait éclairer l'opinion sur les causes
réelles du décès de Pius Njawé, passe en premier. Ce qui n'a pas été fait.
L'explication de la réaction du Gouverneur de l'Ouest peut avoir pour base le
respect absolu de la hiérarchie inculqué à tout un chacun et surtout aux hautes
autorités. Le message de condoléances du Chef de l'Etat, même lu par un Adjoint
d'Arrondissement, devait venir en dernier si l'organisation, à ce niveau, avait
été bien faite et de manière réaliste. Et pour le Gouverneur, aucune autre
intervention ne devait être faite après ce message, à raison et au-delà des
décrets...