Débrouillardise : Comment le marché de la casse gagne du terrain à Yaoundé PDF Print E-mail
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By Christian Shalaï   
Monday, 14 June 2010 11:16

Malgré la répression exercée sur les commerçants par les agents de la communauté urbaine de Yaoundé l’activité continue de se développer dans plusieurs coins de la ville, à une vitesse inquiétante. Enquête


Il est douze heures à notre montre ce mercredi 02 juin 2010. Les klaxons des taxis, des éclats de voix de quelques commerçants et autres bruits, ajoutés à la chaleur torride qu’il fait, déchirent le ciel du quartier Bonamoussadi. « Bonas » comme on l’appelle généralement, est un quartier réputé pour sa forte concentration en logements estudiantins. Le long des deux bordures de la route qui conduit à la chapelle Obili, quelque chose cristallise l’attention du passant.

 

Aux deux extrémités de la chaussée, sont exposés à même le sol des objets de diverses natures. Appareils électroménagers, tableaux décoratifs, vaisselle, câbles électriques, sanitaires, téléphones portables et accessoires, ballons de football, matériels de construction… Ces objets ont pour quelques-uns l’apparence neuve tandis que d’autres sont usés.

 

Le site est qualifié de « Marché noir » par les étudiants qui vivent tout autour. Raison : « On trouve un peu de tout ici. Ils vendent même de vieux livres. Celui qui vient ici et ne trouve pas son compte n’est pas un vrai client », explique Claude T, étudiant à l’université de Yaoundé I.

 

Les vendeurs à la « casse » ont également investit le trottoir de l’ancien marché Melen, non loin du Centre hospitalier universitaire (CHU). Etalés à même le sol, ce sont les outils pour la mécanique et l’électricité qui sont majoritairement vendus ici. Tournevis, câbles téléphoniques, compteurs divisionnaires, attaches, amortisseurs de motos et de voitures, plaques d’immatriculation, cric, etc.



Le potentiel acheteur est accueilli ici par une foule immense de commerçants qui le courtisent. Jean Blaise Nkodou, électricien explique qu’il a fait du marché de la « casse » un véritable centre d’approvisionnement. Parce qu’ « au lieu d’aller dans les grandes boutiques où on vous étourdit avec les prix, je préfère me ravitailler où je trouve des articles à des prix raisonnables ».

 

Un autre site où se développe à une vitesse incroyable le marché de la casse à Yaoundé, c’est le long de la rue Nlongkak. La particularité ici, c’est l’abondance des matériels de construction exposés à même le sol et sur les étals. Fer à béton, ciment en détail, pots de peinture, sanitaires…

 

Mais le gros problème de ce site reste l’occupation des espaces jugée « illégale » par la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy). Depuis lors, entre les commerçants et les bidasses de la Cuy, ce n’est vraiment pas le parfait amour.

 

« ils ne nous laissent pas respirer. Car, ils estiment que nous devons regagner des espaces aménagés dans le marché pour mieux exercer. Nous le voulons bien, mais ce qui fait problème, c’est que nous n’en avons pas les moyens », raconte avec amertume Claude Enguelé, vendeur à la casse depuis 1997.

 

Recel

 

Aucun vendeur approché n’a pu dissiper le doute qui pèse sur l’origine des objets vendus à la casse. Pour certains, c’est une hypothèse avancée par des détracteurs dans le but de leur couper l’herbe sous les pieds. Pour d’autres, c’est parce que les populations ne connaissent pas encore suffisamment les avantages de ce marché.

 

Pourtant, la plupart des personnes rencontrées soutiennent que le matériel vendu dans ces sites est le fruit des coups de vols perpétrés dans des chantiers et certaines grandes boutiques. « Ce sont tous des gars pas clairs. J’ai déjà repéré mes outils pour la plomberie sur leurs comptoirs. Lesquels outils portaient même les initiales de mon nom. Jusque là ils m’ont persuadé que je me trompais », se souvient Séverin Garba.



Mais, les commerçants nient en blocs les faits qui leur sont reprochés. Ils se défendent comme ils peuvent ; arguant qu’ils sont des personnes honnêtes et non des voleurs. « Nous avons des familles à nourrir. Ce sont des ménagères, des fonctionnaires, et des personnes dignes de foi qui nous ravitaillent. Elles viennent nous proposer des objets pour la plupart déjà usés et nous leur proposons à notre tour un prix. Si cela les arrange, nous les achetons », expliquent-ils.

 

Interrogés sur la crédibilité accordée à ce commerce, un responsable de la Cuy qui a requis l’anonymat, nous a répondu que tout ce dont ils demandent à ces vendeurs à la casse c’est d’être en règle et d’exercer dans la légalité.

 

C'est-à-dire de « libérer les espaces qu’ils occupent aujourd’hui », conclut-il. Une réponse qui laisse supposer que ce n’est pas l’activité en soit qui est réprimée par les autorités mais, les espaces investis pour l’exercer. Jusque quand va durer cette guéguerre ? Nul ne le sait.
 

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