| Droit à la propriété foncière : Le cri de détresse des pygmées |
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| By Francis Sabikanda | |||
| Monday, 30 May 2011 14:53 | |||
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Ce cri a été entendu vendredi 27 mai dernier, à Yaoundé, à l’occasion de la présentation à la presse, du projet « plaidoyer pour l’accès des populations autochtones Pygmées à la propriété foncière ».
La présentation des résultats de cette étude, par la Fondation d’appui à l’auto promotion des groupes pour l’environnement (Fagape), qui est l’initiatrice de ce plaidoyer, a permis aux nombreux hommes de médias présents de se rendre compte des nombreux conflits fonciers qui entachent les relations entre Bantou et « Pygmées ».
« Ces antagonismes, lit-on dans le rapport, s’illustrent en des termes différents en fonction des zones mais résultent tous de la déchéance des population Pygmées qui sont de tout temps, privées de leur droit sur la terre et les ressources ».
Obstacles d’accès des « Pygmées » à la terre
La première difficulté et peut-être la plus grave que les Pygmées rencontrent, est celle de la non reconnaissance par la Loi camerounaise de la « propriété foncière » des Pygmées. En effet, la Loi de 1974 sur la propriété foncière, stipule que celle-ci s’acquiert sur le coup de hache. La terre appartient donc à celui qui abat un arbre ou investit.
Du coup, les populations Baka, Bakyeli, Bakola et Bedzang qui, conformément à leur tradition n’abattent pas d’arbres ou ne construisent pas d’usines par exemple, n’ont pas droit à la terre.
Outre cette discrimination du législateur camerounais qui ignore les lois internationales qui reconnait la propriété foncière à ces peuples autochtones, le rapport cite l’érection par l’administration camerounaise des terres et territoires des autochtones en aires protégées (parc nationaux, zones d’intérêts cynégétiques, unités forestières d’aménagements, etc.) sans leur consultation afin d’obtenir leur consentement de manière libre et en connaissance de cause.
D’autres difficultés sont la non reconnaissance officielle des villages et chefferies autochtones par les pouvoirs publics camerounais, la non reconnaissance des droits coutumiers des Pygmées, la confiscation et la détention sans droit des plantations, champs et terres des autochtones par des tiers, notamment des Bantou qui sont des propriétaires coutumiers reconnus officiellement.
Quelques Pygmées présents à cet échange avec la presse, ont tenu à témoigner de vive voix pour tirer l’attention sur les difficultés auxquelles ils font face au quotidien.
« Les seules terres que nous avons à présent sont celles sur lesquelles sont implantées nos habitations. Nous avons des difficultés aujourd’hui même à enterrer nos morts. Les Bantous disent que nous sommes là juste pour garder leurs terres et que nous n’avons rien », raconte Mende Julie, une jeune Pygmée de Djoum, à l’Est du pays, non moins étudiante à l’Ecole des eaux et forêts et conseillère municipale à la mairie de sa localité.
« Dans la forêt, nous n’avons pas de terres. Le gouvernement nous fait sortir de la forêt et nous met au bord de la route et là-bas, les Bantous nous disent que nous sommes sur leurs terres. Finalement où sommes-nous chez nous ? », s’interroge furieux, Joseph Ngwa qui lui est un pygmée département de l’Océan, dans le Sud Cameroun.
Plaidoyer
La Fondation d’appui à l’auto promotion des groupes pour l’environnement (Fagape), qui a travaillé en collaboration avec de nombreuses autres organisations de la société civile et qui a récolté 883 signatures, à travers les campements et villages des pygmées que l’on rencontre à Yokadouma, Djoum, Akom II, Kribi, Bipindi ou Lolodorf a déposé son rapport sur la table du gouvernement, avec un certain nombre de recommandations.
Parmi ces recommandations, on note l’invitation qui est faite à l’Etat de « mener une réflexion sur la question foncière et la gestion des ressources naturelles, afin de s’assurer que les droits fonciers de tous et surtout des populations locales et autochtones sont protégées, dans le cadre d’une réforme du droit (...) qui pourrait aboutir à la consécration de la reconnaissance du droit foncier des autochtones Pygmées dans le domaine permanent de l’Etat ».
La Fagape recommande la levée du décret suspendant la création des chefferies de 3ème degré, tout au moins pour les communautés Pygmées qui en sont les principales victimes. Tout comme elle émet le souhait que leur soit également garanti, le droit d’accès à leurs terres ancestrales ayant été transformées en réserves naturelles, aires protégées ou zones de chasse sportive.
Sur ce dernier point, Mende Julie, la Baka de Djoum, visiblement très remontée contre les autorités gouvernementales, déclare presque les larmes aux yeux, mais avec beaucoup de courage dans le regard : « la forêt est notre mamelle nourricière. Nous y avons tout. Nos hôpitaux, notre parfumerie, nos supermarchés, nous y faisons du tourisme comme vous le faites ailleurs, nous y avons de l’air pur, loin de toute pollution… »
Manque de collaboration du gouvernement
Les responsables de la Fagape, n’ont pas manqué de signaler la difficulté qu’ils ont eu à travailler avec le gouvernement dans ce projet. Il a été révélé que malgré de nombreuses correspondances, la délégation des patriarches Pygmées n’a pas pu par exemple rencontrer le ministre en charge des affaires foncières pour lui remettre en main propre leur plaidoyer.
La marche pacifique des Pygmées à Yaoundé qui était prévue, n’a pas pu avoir lieu, en l’absence d’autorisations. Et c’est en dernier Recours que la rencontre avec les hommes de média de vendredi dernier a été organisée, pour que le cri de détresse des Pygmées du Cameroun ne soit pas noyé, mais soit entendu par tous.
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