Sosthène Médard Lipot : La sortie d’Alexandre Song est un fiasco PDF Imprimer Envoyer
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Par Aboudi Ottou   
Vendredi, 10 Juin 2011 14:37

L’expert et consultant en communication, analyse la sortie dans le quotidien Le Jour de l’international camerounais, en froid avec Samuel Eto’o et absent de la sélection nationale, depuis la coupe du monde catastrophique de 2010 en Afrique du Sud.

En tant qu’expert en communication, quelle impression générale avez-vous eu après avoir lu cette interview d’Alexandre Song ?

 

Il convient d’emblée, de préciser que le footballeur professionnel Alexandre Song jouissait d’une grande notoriété auprès des fanatiques du football au Cameroun, outre d’une belle image de joueur talentueux, aussi bien dans son club Arsenal qu’auprès de la sélection nationale, les Lions Indomptables.

 

Cette image favorable a quelque peu été écornée aux lendemains de la Can et de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. En fait, c’est la polémique qui enflait, autour de ses rapports avec ses coéquipiers de la sélection nationale qui a entaché son image auprès de certains segments de l’opinion publique nationale. Rappelons qu’au Cameroun, le football est bien souvent assimilé à la religion de tous!

 

L’interview dans les colonnes du quotidien camerounais Le Jour, est publiée quatre jours seulement après le rendez-vous manqué à L’Arène, une émission de prime time sur Canal 2 International, la chaîne de télévision camerounaise à plus fort taux d’audience actuellement. Pour certains de ses fans, il s’est dérobé en se décommandant à la dernière minute : une blessure pour certains, bien que d’autres ont pensé qu’il aurait subi des pressions pour « ne rien déballer ». De toutes les façons, l’image d’Alexandre Song en prend un nouveau coup, hélas !

 

Au bout du compte, il ne lui reste plus qu’à faire un mea culpa. A l’examen, cette interview accordée au quotidien Le Jour s’inscrit d’abord dans une logique de défiance, précisément dans la posture du « je n’ai pas peur de m’exprimer à travers les médias camerounais », mais le footballeur s'est plutôt fourvoyé, mal conseillé, ou pas du tout, certainement.

 

A votre avis les propos collent-ils au personnage ?

 

Alexandre Song a besoin de sérénité, il n’est point besoin de lui faire un procès d’intention. Nonobstant que, en tant que célébrité, et personnalité publique, tous ses faits et gestes sont commentés par les supporters des Lions Indomptables, puis passés au crible de la critique empirique, voire scientifique.

 

A la lecture de cette interview-défiance, le footballeur professionnel a voulu faire profil bas, par le ton de son discours, à la fois conciliant mais emprunt de langue de bois… Oui, de langue de bois, notamment quant aux questions qui lui sont posées au sujet du conflit d’ego qu’il entretiendrait avec le capitaine Samuel Eto’o Fils.

 

Et pour cause, le public a gardé de lui, l’image d’un personnage truculent, ou plutôt qui ne se « laisserait pas faire ». En réalité, ses fans les plus irréductibles peuvent en être déçus, mais à tort vraisemblablement. Et même une certaine presse à sensation pourrait lui reprocher de la « lâcheté ».

 

Et pourtant, c’est là même, une posture de sagesse qu’il aurait dû adopter depuis l’échec de l’expédition angolaise lors de la Can 2010. Vous comprenez donc qu’Alexandre Song tente de se construire une image plus charismatique, bien qu’il n’y soit pas parvenu dans cette interview qui est donc un échec, dont l'effet boomerang ne saurait tarder de se manifester…

 

Que peuvent être les objectifs d’une telle sortie ?

 

Son tout premier objectif était de soigner son image, de confirmer qu’il est un modèle, une icône, en tant que footballeur professionnel. Autrement dit, une image d’excellent footballeur, bien dans sa tête, respectueux des footballeurs et des institutions qui incarnent justement le football. Dommage qu'il ait échoué !

 

Le second objectif, inavoué, était de montrer qu’il est « au-dessus de la mêlée ». Mais, il semble laisser les uns et les autres plus dubitatifs qu’ils ne l’étaient auparavant, notamment en ce qui concerne sa volonté, et surtout sa capacité à faire corps, ou équipe, avec d’autres joueurs de la sélection, et surtout Samuel Eto’o Fils… C’est bien dommage !

 

Au sein de toute organisation, le refus délibéré de serrer la main d’un collègue, d’un collaborateur et a fortiori du chef, le capitaine pour le cas d’espèce, est un acte malveillant de refus de collaborer, dans le meilleur des cas, et de dissidence dans le pire des cas.

 

Dans sa réponse à l’intervieweur, Alexandre Song banalise le geste répréhensible dont on le soupçonne d’être l’auteur. Dans une équipe de football de professionnels comme dans toute autre forme d’organisation sérieuse, certes les membres du staff ne sont pas obligés d’être des amis, mais ils ont le devoir de se soumettre, de respecter les « shared values », les valeurs partagées qui soudent l’ensemble.

 

Si notre footballeur talentueux avait osé, en public, poser le même acte face au capitaine d’Arsenal, il aurait écopé d’une double sanction : administrative et sportive. Pis encore, la presse anglaise l’aurait sanctionné comme par les méthodes que l'on sait, le lynchage notamment.

 

Pourquoi la presse écrite et pas les médias audiovisuels?

 

Notons que s’il a choisi la presse écrite, c’est parce que ce média est plus discret. Ici, le conseiller occulte a une large marge de manœuvre. En radio, une voix émotive ou un ton désagréable sont en mesure de trahir les sentiments ; à la télévision, la mine ou le sourire peuvent être suffisamment expressifs de l’état d'esprit réel. L'on peut comprendre que le public spécule actuellement sur cette forme de « communication prêt-à-porter », ou si vous voulez cette « communication pantalon de Moriba » !

 

Il s’agit manifestement d’une opération de communication. Mais le fait que les réponses de l’interviewé soient quelques peu en déphasage avec la personnalité de Song ne pourrait-il pas avoir un effet boomerang ? En d’autres termes peut-on parler d’une opération réussie ?

 

En effet, il s’agit d’une opération de com’. Cependant, la dimension communication de crise n’a pas été suffisamment prise en compte. Donc, l’opération est loin d’être une réussite, c’est probablement un fiasco. Car, à l’évidence, il y a crise de réputation, défaillance de la personnalité du concerné et agression.

 

Il s’agit là de trois types de crises que l’intéressé devrait gérer. Il doit s’en sortir, il peut s’en sortir. Pour ce faire, il doit briller davantage, travailler encore plus et professionnaliser sa communication.

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Mise à jour le Vendredi, 10 Juin 2011 15:16
 
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