Issa Tchiroma Bakary : Le décès de Bibi Ngota pollue PDF Imprimer Envoyer
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Par Mutations   
Mardi, 04 Mai 2010 09:05

L’affaire Bibi Ngota est arrivée comme une rencontre non organisée entre un nuage qui passe et une tornade. Elle a divisé le monde des médias, mobilisé la société civile. Par l’intérêt que certaines puissances occidentales ont porté sur cette affaire, le gouvernement camerounais a donné le sentiment de perdre de sa sérénité légendaire face à ce genre de problème. Cette affaire a par ailleurs entaché la célébration de la journée de la liberté de la presse autant qu’elle mettait dans l’éteignoir d’autres articulations des cette journée. C’est l’image qu’on retient entre la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse et le décès de ce confrère. De ces deux évènements, Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication en parle sans détour ni langue de bois dans un entretien sans protocole qu’il a bien voulu accorder à Mutations. Il souligne en passant les efforts qu’il déploie selon lui pour harmoniser les rapports empreints de suspicion entre les pouvoirs publics et les médias camerounais et qui, si tout est bien mené de part et d’autre, devraient lever les équivoques.

 

 

A cette occasion de la célébration de la journée internationale de la liberté de la presse pour vous demander si vous êtes satisfait de la presse camerounaise ?


C’est une bonne chose que nous ayons l’opportunité de célébrer cette journée voulue et consacrée par les Nations unies. Le thème étant «droit de savoir». Cela dit, je ne suis pas tout à fait satisfait de la presse camerounaise, parce qu’il me semble que le gouvernement a donné à cette presse tout ce qu’il était en mesure de lui donner. Il est même allé au-delà, en terme de régulation et d’organisation. Le gouvernement ne reçoit pas en retour ce qu’il aurait pu espérer ou attendre des hommes de médias. Aujourd’hui, quand vous voyez comment certains journalistes s’en prennent à leur gouvernement, à leur Etat, mal parlent de leur gouvernement, de leur Etat, on dirait que ce sont des étrangers du Cameroun, qui sont payés pour déstabiliser leur gouvernement. Aller donc sur la Toile, voyez comment on parle du Cameroun! Un ambassadeur me disait l’autre jour que si on se contente de ce qu’on dit du Cameroun sur la Toile, on ne viendrait pas dans ce pays. La presse en général parle tellement mal du Cameroun qu’on est parfois surpris quand on découvre ce pays. Rien de ce que fait le gouvernement n’a de grâce aux yeux de la presse.

 

La presse n’invente pas l’information. Elle est le reflet de la société, c'est-à-dire de ce que nous faisons et ce que nous sommes au quotidien.


Notre pays est passé par une étape douloureuse, une étape extrêmement pénible. Il s’agit de la crise économique qui a dépossédé l’Etat de sa capacité à faire du social. Pour avoir perdu sa souveraineté économique à cause des plans d’ajustement structurel. Cela a précipité beaucoup de Camerounais, y compris les hommes de médias, dans l’indigence et la pauvreté. Est-ce que les hommes de médias ont seulement intégré ces difficultés collectives? Ces problèmes ont généré des conséquences collectives et ont modifié les comportements. C’est tout cela qui a conduit à la situation que nous connaissons. La crise que nous connaissons a pour origine la détérioration des termes de l’échange. Nous sortirons de cette crise lorsque nous passerons de producteurs de matières premières à transformateurs des mêmes produits.
La presse relaie tout ce marasme incontestable, mais elle fait plus, dans le ponce pilatisme au lieu d’être un bâtisseur de la nation. Les vrais bâtisseurs de la nation, ce sont ceux qui réalisent, qu’une fois que le gouvernement est en difficulté, au lieu de faire de le rendre responsable de tous les maux, il faille lui apporter ce qui manque pour lui permettre d’atteindre la perfection. C’est en cela, à mon avis, que cette presse est passée à côté de sa responsabilité historique.

 

Il y a donc un divorce entre la presse et les pouvoirs publics au Cameroun?
 

 

Il y a plutôt un rapprochement, et je salue cela. Entre la presse privée et les pouvoirs publics, il y a un pas de divorce parce que depuis que je suis ministre de la Communication, je prône la disparition de la dichotomie. J’essaye de jeter une passerelle entre les pouvoirs publics et la presse dite privée. J’essaye de rapprocher la presse publique de la presse privée, même si les lignes éditoriales sont divergentes. Ce rapprochement que je suis en train d’effectuer vise à faire disparaître le distinguo, presse privée, presse publique. Divorce, il n’y en a pas, mais de temps en temps, il y a malentendu: La presse dite privée, pour n’avoir pas un accès facile à l’information, a tendance à s’aliéner le gouvernement. Parce que cette presse a l’impression d’être en marge ou marginalisée. Elle donne l’impression d’être la malaimée. Le gouvernement ne connaît apparemment que la Crtv et la Sopecam. Mais en face, vous avez combien de titres? Des centaines, évidemment des réguliers, il y en a très peu. Le gouvernement ne peut pas se permettre de ne pas de servir de ce levier puissant pour véhiculer ses messages d’éducation, d’information ou de divertissement. On ne peut donc pas parler de divorce. Il y a peu être malaise, un malentendu que nous sommes en train de régler.

 

Lorsque vous avez appris que les hommes de médias feraient un sit-in devant les services du Pm le 3 mai, quel a été votre sentiment ?


Dès ma nomination, j’ai déclaré que les journalistes sont mes amis. Je suis le responsable de la Communication et vous voyez bien que mes bureaux sont ouverts comme vous voulez et comme c’est possible. S’agissant maintenant du sit-in (qui s’est tenu hier, ndlr), pour moi il n’a pas eu de raison d’être, parce qu’en matière de liberté de la presse, le gouvernement a tout donné. Le gouvernement ne détient plus aucune carte, il n’existe plus de censure. Bon Dieu, vous les journalistes, vous allez partout conformément à votre déontologie. Le sit-in, qu’est ce qui est poursuivi dans ce sit-in? Que détient le gouvernement, qu’il n’a pas donné pour le fonctionnement de la presse?
Alors je reconnais que l’enveloppe de l’aide à la presse ne répond pas à la robustesse de la presse: 100 radios, plus de 500 titres en presse écrite, 600 câblodistributeurs, 13 télévisions privées pour 200 millions Fcfa qu’on met à votre disposition, c’est insignifiant ; cela est incontestable. Nous avons sollicité, et j’espère que nous l’obtiendrons, un compte spécial. Un compte d’affectation qui nous permettra de prélever sur les fonds générés par la presse au niveau de la publicité, pour pouvoir financer le développement de la presse. Pour pouvoir faciliter l’acquisition des équipements. Pour vous aider à acheter la matière première. Vous avez cité tout à l’heure des conventions (convention de Florence et protocole de Naïrobi, ndlr). Nous ferons en sorte que toutes ces conventions soient respectées. Mais comme on dit, même la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a; la presse ne peut pas demander au gouvernement ce que le gouvernement n’a pas.

Tenez: Il fut un temps où Yaoundé était la capitale la plus sale au monde. Aujourd’hui, c’est l’une des plus belles ville, simplement parce que le gouvernement commence à disposer de financements pour faire face à ce problème. Il fut un temps où à Douala, aucune route n’était passante. Aujourd’hui, chacun peut admirer des lieux comme la douche municipale. Cela veut dire que c’est maintenant que l’Etat commence à avoir les moyens de sa politique économique et sociale. Intégrez cela. Aujourd’hui (hier, ndlr), vous partez faire un sit-in, qu’est ce qui justifie cela? Vous êtes en train de défoncer des portes ouvertes. Vous n’êtes pas muselés, vous dites ce que vous voulez. Dans le cadre de l’organisation de la presse, écoutez, aujourd’hui vous allez au Palais de l’unité, quand il y a un évènement. Lors des grands évènements nationaux ou internationaux importants, vous allez à l’aéroport, ce n’est pas vrai ? Graduellement, on est en train de construire une relation de complicité. Et vous trouvez que le gouvernement ne fait rien ?

 

Au regard des efforts que vous indiquez, le sit-in et le décès de Bibi Ngota, mettent sous l’éteignoir cette volonté gouvernementale !


Le fait que le décès de Bibi Ngota s’invite à cette journée de la liberté de la presse est malencontreux et destructeur. Parce que ça pollue, c’est un écran de fumée qui ne permet pas de voir les avancées qu’ensemble, nous sommes en train d’effectuer. Cette réaction épidermique de la profession qui témoigne plus d’une mauvaise fois que d’un acte raisonné, cela est difficilement compréhensible. Parce que Bibi Ngota n’est pas allé en prison parce qu’il a écrit quelque chose dans la presse. Il est allé en prison parce qu’il a fait usage d’un faux document. Il voulait en faire usage pour extorquer de l’argent à une personnalité. Bibi Ngota aurait pu être avocat, un enseignant, un magistrat, etc. vous avez l’impression et vous dites aux gens qu’un journaliste est mort en prison. Ce n’est pas un journaliste qui est mort ; C’est un Camerounais qui a fait du faux, mais il se trouve malheureusement que ce Camerounais avait pour métier le journalisme. Il faut faire cette distinction-là. Alors évidemment, cet évènement a terni, a apporté un bémol à la célébration de cette journée que nous avons voulu grandiose. Vous savez ce que nous sommes en train de construire. A l’occasion de cette journée, nous avons offert à 250 journalistes une formation. Nous avons organisé des tables rondes, où on a parlé de tout. Nous avons projeté un documentaire sur votre profession, nous avons organisé des « journées portes ouvertes », toutes choses qui ne se faisaient pas avant. N’est ce pas ? Cela montre que nous avançons fermement, résolument. Et maintenant, vous organisez un sit-in. Vous allez faire qu’on mal parle encore du Cameroun. Cette liberté dont vous jouissez, il n’y en a pas en Côte d’ivoire par exemple. Dans ce pays-là, il y a pas de télés privées, de radios privées, il y en a peut-être une, je me demande d’ailleurs s’il y en a. dans beaucoup de pays qu’on compare au Cameroun, il n y a pas cette robustesse, cette diversité en terme de liberté de la presse. Les Camerounais sont les seuls à ne pas reconnaître ces acquits. Ils sont les seuls à vouer leur gouvernement aux gémonies.

 

On reproche au gouvernement de ne pas favoriser l’accès aux sources d’information. Vous êtes une exception. Comment peut-on expliquer cette culture du silence ?

 

Est-ce que vous comptez le nombre de fois où j’interviens par semaine, par mois. Quand il y a un évènement, je suis au créneau au nom du gouvernement. Je dis ce qui se passe. Alors, j’annonce une chose : sur très haute instruction du chef de l’Etat, et vous le savez bien, le président instruit : « messieurs les ministres, faites et faites savoir ». C’est une instruction pérenne et permanente que le chef de l’Etat a donnée au gouvernement en général et au Premier ministre, chef du gouvernement, en particulier. Cela veut dire que le Pm a pris ce problème à bras le corps pour que la communication gouvernementale soit systématique. Que l’interface entre la presse et le ministère, à savoir le chef de cellule de communication soit disponible aussi nécessairement que possible. Donc, s’il y a évènement dans un département ministériel, le ministre a le devoir de faire que son Cellcom le sache et que ce Cellcom là soit accessible. C’est l’organisation ce que le chef du gouvernement a prescrite et que nous sommes en train de mettre en place. J’ai reçu des instructions fermes allant dans ce sens-là. Vous constaterez bientôt que la communication gouvernementale sera régulière et systématique. Chaque ministre montera au créneau pour présenter les objectifs de son département ministériel, les réalisations, les atouts et les écueils. Il y a donc cette possibilité qui sera donnée aux journalistes, en plus de la possibilité d’accéder au Cellcom. Ça c’est quelque chose de dynamique qui est en train d’être mis en place.

 

C’était cela le contenu du séminaire gouvernemental organisé dans les services du Premier ministre ?


Non, le séminaire consistait à dire à chaque ministre les atouts dont il dispose pour aller communiquer. Pour rencontrer les journalistes, voilà ce qu’il faut faire, où il faut aller puiser l’information, comment se comporter vis-à-vis des journalistes… si un journaliste est pertinent, ne vous énervez pas, restez calme, gardez votre moral, gardez votre sang-froid, parce que le journaliste, il veut éventuellement vous déstabiliser. Il s’agissait donc d’indiquer comment communiquer, la meilleure manière de communiquer. Ce séminaire était le bien venu. A la sortie, vous avez dit que le ministre Tchiroma a été recadré, qu’il ne sera plus le porte-parole du gouvernement… vous avez dit mille et une choses, vraies et fausses. Si vous vous attaquez au Pm, qui va le défendre de manière permanente ? Aujourd’hui, nous avons l’affaire Bibi Ngota. Quel ministre monte au créneau pour expliquer, pour défendre le gouvernement ? C’est le ministre de la Communication. Vous n’allez pas demander au Sgpr de monter au créneau en permanence, de se faire disponible. Ça c’est ma mission. Alors, même s’il faut monter au créneau tous les jours pour faire disparaître le mutisme, ça c’est ma mission et je la remplirai toujours. Après le séminaire, vous avez dit qu’on m’a désavoué, mais vous constatez que je continue de communiquer.
Vous pouvez dire ce que vous voulez. Mais ma mission, c’est de protéger le gouvernement, de voler au secours d’un membre du gouvernement qui est malencontreusement agressé par la presse. C’est ce qui fait que chaque fois qu’un ministre communique, vous me voyez à côté de lui pour manifester la solidarité gouvernementale. Et aussi, parce que je suis le dépositaire en terme d’éthique et de déontologie. Si un journaliste est par exemple impertinent vis-à-vis d’un ministre, j’interviens pour dire que cela n’est pas conforme à l’éthique et à la déontologie du journalisme.

 

Quand est-ce que les journalistes de la presse privée feront –ils partie des voyages présidentiels ?


Je dois vous dire que s’il ne tenait qu’au chef de l’Etat, il le ferait régulièrement. Si cela n’a pas encore été le cas, c’est parce qu’il y a quelque chose qui manque. S’il arrive que vous accompagniez le chef de l’Etat, au retour, vous êtes capables de raconter le contraire de ce qui s’est passé. Quelle garantie qu’on a aujourd’hui que le journaliste qui se déplacera avec le chef de l’Etat ne dira pas le contraire de ce qu’il a vu. Tout le problème est là. Le jour où je serai persuadé que le journaliste qui veut faire partie de la délégation du chef de l’Etat est objectif, je le dirai au chef de l’Etat. Nous sommes en train de construire une relation de confiance. Ça va prendre un peu de temps. Il y a un journaliste camerounais dont je ne veux pas citer le nom. Donnez lui tout le Cameroun, il n’y verra que du noir. Il va à l’étranger saboter le pays où vivent ses parents et ses enfants, un pays dont il bénéficie des grâces. Celui-là, vous pensez que s’il fait partie de la délégation du chef de l’Etat, il donnera les faits ? Pas du tout parce qu’il a une position figée et dogmatique sur son pays.

 

Revenons sur l’affaire Bibi Ngota. Tous les gens qui sont cités dans cette affaire ne font pas partie du gouvernement : l’Adg de la Snh, le Dg du Chantier naval et industriel. Qu’est ce qui empêche que ces gens disent si oui ou non ils ont reçu des commissions ?


Là, vous déplacez le problème. Il ne s’agit pas de savoir si ces gens ont reçu des commissions ou non. Quelqu’un a fait du faux, on le poursuit pour cela. Est-ce que vous avez approché ces gens dont vous parlez afin qu’ils s’expliquent sur les accusations qui sont portées contre eux ?

Ces autorités refusent de parler…


Alors, s’ils ne veulent pas parler, c’est de leur droit de ne pas parler. Vous n’allez pas contraindre quelqu’un de parler… Je suis là pour parler. Lorsque vous parlez du gouvernement, je suis là pour réagir. Il s’est passé quelque chose au marché, si le ministre en charge des marchés estime que c’est le ministre de la Communication qui doit parler, je monte au créneau. Je réunis des éléments et je parle. C’est quand le ministre de la Communication ne dit rien, c’est là qu’il y a problème. D’ailleurs je vous conseille de voir le ministre de la Communication quand il y a un évènement quel qu’il soit, parce que lui, il a la clé qui ouvre les portes. Les portes des ministres.

 

N’avez pas éprouvé quelque embarras à révéler le secret médical après la mort de Bibi Ngota ?


Embarrassé, peut-être. Mais c’est vous les hommes de médias qui m’avez amené à le faire. C’est vous la presse qui êtes responsables parce que c’est vous qui avez dit que Bibi Ngota a été empoisonné. Vous avez dit qu’il est mort de torture. Vous avez dit qu’on ne lui prodiguait pas de soins à la prison. Dans mes deux précédentes déclarations, je l’ai dit de manière indirecte, qu’il était malade, on est passé au test du Vih, qu’il n’a pas récupéré les résultats. J’ai dit de manière voilée, avec pudeur, de quoi il était mort. Mais vous les journalistes, en dépit des explications du gouvernement, vous dites qu’on l’a torturé, qu’on l’a empoisonné, etc., qu’est ce qu’il restait au gouvernement pour se défendre ?

 

Vous risquez d’être traîné en justice par la famille du disparu !


Qu’est ce que j’ai dit de déplacé ? Je n’ai pas violé le secret médical. J’ai donné un détail du rapport administratif. L’enquête prescrite par le chef de l’Etat suit son cours. Ce sont les magistrats, s’ils en ont convenance, qui vous diront de quoi il est mort.

 

Son épouse et ses enfants sont stigmatisés ; en tenez-vous compte ?


D’abord, il n’a pas d’épouse. J’ai reçu sa mère, sa sœur, son oncle et son beau frère dans mon bureau. Le gouvernement a fait preuve de compassion en donnant 2 millions de Fcfa à la famille pour l’organisation des obsèques. Je vais vous dire, si on me traduit devant les tribunaux, je porterai également plainte contre toute la presse. C’est vous qui avez obligé le ministre de la Communication à dire ce qui s’est passé. Qu’est ce que vous auriez fait à la place du gouvernement ?

Est-ce à dire que vous ne regrettez pas certaines de vos déclarations ?


Est-ce que la presse dans son obstination à vouloir diaboliser le gouvernement, est ce que cette presse a pris la peine de savoir de quoi ce monsieur est mort ? Parce que la presse doit être une presse d’investigation et de responsabilité. Pour la circonstance, tous vous avez failli à votre mission. Vous n’avez pas été une presse d’investigation. En faisant des investigations, vous auriez su de quoi ce monsieur est mort. Et vous auriez changé naturellement de registre. Vous ne l’avez pas fait. Redevenez une presse d’investigation et vous trouverez de quoi votre compatriote est décédé. Cela dit, la responsabilité vous échoit également. Si vous l’étiez, je vous assure, ce débat aurait pu être clos depuis fort longtemps.

M. Nko’o qu’on présente comme le cerveau de cette affaire, nous a rendu visite à Mutations, avant de prendre la poudre d’escampette. Nous avons pu voir sur son corps des traces de torture. Le ministre de la Communication n’a jamais fait était de l’épisode de la Dgre dans ses différents points de presse…


Vous savez, vous pouvez dire ce que vous voulez. M. Nko’o n’est plus là pour qu’on constate ce que vous affirmez. C’est votre déclaration contre la mienne, d’un. De deux, la justice est un pouvoir au Cameroun, un pouvoir tout à fait indépendant. Je ne sais pas si M. Nko’o ou les autres ont eu à porter plainte contre la Dgre. M. Nko’o vient vous voir, il vous dit qu’il a été torturé à la Dgre et vous prenez cela pour argent comptant. Vous ne croyez pas à ce que moi, ministre de la Communication vous dit, ce n’est que ce que monsieur Nko’o dit qui vous arrange. Est-ce que c’est logique çà ? Un tel comportement, c’est logique ? Que ce soit Nko’o qui soit plus crédible que moi, ministre de la Communication.

Vous estimez que la torture dont ont été victimes Nko’o et ses collègues à la Dgre est une invention de la presse ?


Je ne le dis pas. Je suis simplement surpris devant le laxisme et l’attentisme de cette presse. J’ai discuté avec la mère du défunt, aucun journaliste n’a rendu visite à la famille depuis que Bibi est mort. Je parie que vous qui êtes devant moi, vous ne connaissiez pas Bibi de son vivant. Sa célébrité est venue à la mort. C’est une célébrité à titre posthume que nous n’aurions pas voulu pour lui, malheureusement c’est arrivé. La famille nous dit qu’il y a des journalistes qui organisent des quêtes sur son dos. Pour revenir à votre histoire de torture. Je vous pose une question : que représente Nko’o pour qu’on le torture, pour qu’il soit victime de ceci ou cela. Il représente quelle menace ?

 

Il détenait un document compromettant pour certaines personnalités…


Quel document compromettant ? On a vu ce que ce document vaut. Celui par lequel il voulait faire chanter le Sgpr. Faux et usage de faux. Nko’o représente quoi pour qu’on le torture ? Vraiment, je respecte l’être humain, mais vous avez affaire à un gangster. C’est lui qui a fabriqué le faux document, selon les témoignages de Mynthia et les autres. Et vous donnez plus de crédit aux déclarations d’un gangster qu’à celui de votre ministre de la Communication !

 

On a l’impression que l’affaire Bibi renforce le divorce entre les pouvoirs publics et la presse !


J’ai été bouleversé par la presse. D’abord divorce, il n y en a pas. Personne ne gagnerait s’il y a divorce. Tant que je serais Mincom, je construirai toujours ce rapprochement. La presse gagne, le gouvernement gagne, tout le monde y gagne. La mort de cet homme-là a jeté un coup de froid dans cette relation. Vous dites que c’est un journaliste qui est mort. Alors qu’il s’agissait d’un délinquant !

 

Vous avez débloqué 2 millions Fcfa du gouvernement pour l’organisation des obsèques d’un délinquant !


Non, non. L’instrumentalisation et la récupération politique de sa mort ont amené le gouvernement à agir, à faire ce qui a été fait. Il ne fallait pas que les ambassadeurs en poste ici ou ailleurs aient l’impression que le gouvernement est indifférent ou insensible à ce drame. Si le gouvernement en avait les moyens, il l’aurait fait pour d’autres cas identiques.

On sait généralement que lorsque la presse nationale dénonce certains travers, le gouvernement réagit à peine. Or, sur l’affaire Bibi Ngota, le gouvernement a beaucoup communiqué. Est-ce à cause de la pression internationale ?


Vous savez, si vous journalistes, en âme et conscience, pour avoir mené les investigations, aviez indiqué que ce monsieur-là est tombé sous le coup de la loi du droit commun. Que c’est un citoyen qui est mort en prison comme il en meurt de temps en temps, le gouvernement n’aurait pas senti le besoin de réagir. La communauté internationale ne nous aurait pas interpellé. Des prisonniers meurent également aux Etats-Unis. Le Cameroun ne détient pas l’exclusivité des prisonniers qui meurent en prison. C’est vous qui avez amplifié et donné une dimension catastrophique à la chose. C’est vous la cause. Le monde occidental, tel qu’il est organisé ne pouvait que réagir : ah au Cameroun, les journalistes sont persécutés… si le gouvernement ne disait rien, qu’est ce que vous alliez dire. Vous savez, le jour de sa mort, Rfi a réagit en déclarant en substance, « ah un journaliste, et le gouvernement ne réagit pas encore ». Alors on va interviewer tel député de l’opposition, tel ou tel journaliste qui trempe dans le vitriol pour parler du gouvernement, alors vous vouliez que le gouvernement reste muet ? Et puis, s’il y a catastrophe en France ou aux Etats-Unis, est ce que le gouvernement camerounais peut exercer des pressions sur la France. En vertu de quoi ils exerceraient des pressions sur nous ? Aiment-ils le peuple camerounais plus que le gouvernement de ce pays ? Ce sont des pays amis, quand ils font des observations, nous les écoutons. Il n y a pas de diktat.

Avez-vous le sentiment d’avoir bien géré l’affaire Bibi Ngota?

Qu’est ce que le gouvernement n’a pas fait et qu’il devrait faire ? Je vous pose la question. Il y a eu trois communications, qui chaque fois étaient justifiées. J’espère que vous ne poserez plus d’autres actes qui m’amèneront à faire d’autres sorties médiatiques.


Entretien mené par Xavier Messè et Georges Alain Boyomo

 

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