Témoignages : Les journalistes parlent de la mémoire de Pius Njawé PDF Imprimer Envoyer
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Par Dorine Téméching   
Mercredi, 14 Juillet 2010 10:42

Jean François Channon, coordonateur de la rédaction de l’agence du quotidien Le Messager à Yaoundé : « il était presque un père pour moi »


Son journalisme était un journalisme de progrès, il voulait le progrès du Cameroun. Nous sommes un peu perdus. On se demande ce qu’il faut faire. Mais on essaie de se ressaisir, ce serait une honte que le combat qu’il a mené pendant trente ans parte en fumée. Il nous là toujours dit « il faut que Le Messager me survive, il faut qu’il continue après moi ». C’est un choc pour nous. Il était presque un père pour moi. Il trouvait toujours des solutions à mes problèmes. Il avait un grand courage. C’est important de voir une personne s’intéresser à quelque chose, apprendre et en devenir la référence.


Christian Lang, ancien journaliste au Quotidien Le Messager : « il détestait qu’on soit timoré devant les obstacles et que l’on succombe au découragement »


Quand j'intègre la rédaction du journal Le Messager en janvier 2004, je me dis qu'avec tout ce que Pius Njawe a connu comme tortures et intimidations, il doit avoir une personnalité grincheuse et acariâtre. Mais, grande est ma surprise de constater qu'il est plutôt sociable et convivial. Tout au long de notre collaboration, quand il avait quelque chose à me reprocher, il en parlait à demi-mot en réunion. Et, en aparté, il s'étendait sur les détails. Pius Njawé ne refusait jamais la parole à l'un de ses employés. Il n'admettait pas qu'on fasse profil bas quelles que soient les circonstances, même quand les difficultés financières nous accablaient... Je garde de Pius Njawé l'image de quelqu'un qui ne désarmait jamais, qui ne se laissait pas effrayer par des difficultés. Quel que soit l'ampleur et l'origine de l'obstacle, il fonçait dans l'espoir de prendre le dessus. Et il détestait qu'on soit timoré devant les obstacles et que l'on succombe au découragement.


Thierry Ndong, ancien rédacteur en chef au quotidien Le Messager : « nous perdons un icône en matière de presse »


C’était un combattant, un baroudeur et un ardent défenseur de la liberté de la presse. Nous perdons un icône en matière de presse, un pilier en matière de journalisme au Cameroun. Le Cameroun perd l’une de ses valeurs en matière de journalisme.


Félix Cyriaque Ebolé Bola, secrétaire général des rédactions de la South Media Corporation (SMC) : « le Cameroun vient de perdre un monument de la liberté en général et de la liberté de la presse en particulier »


Pius Njawe était un grand frère en âge, un aîné dans la profession de journalisme. Un autodidacte qui a commencé avec la vente des journaux avant de s’imposer comme le directeur de publication de l’un des journaux les plus populaires du Cameroun. C’est l’image d’un battant, de quelqu’un qui allait toujours au bout de ses convictions, qui n’écrivait pas pour plaire. C’était un homme de combat qui ne reculait devant rien. Le Cameroun vient de perdre un monument de la liberté en général et de la liberté de la presse en particulier. Ses luttes ont permis à la presse de gagner des espaces de liberté.


Paulin Mballa, journaliste à la radio Tiemeni Siantou : « c’est un combattant de la liberté pour nous qui faisons nos premiers pas dans la profession dans les années 2000 »


C’est incontestable qu’il est un combattant de la liberté pour nous qui faisons nous premiers pas dans la profession dans les années 2000. Beaucoup d’entre nous avons grandi avec l’image du messager comme la presse véritablement indépendante au Cameroun. Elle prenait radicalement position sur la gestion du pouvoir en place. C’est dommage qu’il laisse Le Messager dans cette guerre qu’il mène depuis longtemps. A-t-il eu le temps de préparer sa succession ? Pour moi c’est la véritable inquiétude. Que deviendra Le Messager parce que nos entreprises fonctionnent de façon difficile.


Cathy Yogo, secrétaire de rédaction du quotidien Le Jour : « Pius Njawe est l’émergence de la presse privée au Cameroun »


Pius Njawe est un précurseur de la presse au Cameroun ça ne peut qu’être triste pour la journaliste que je suis. Son départ est une grande perte pour cette profession qui a besoin de guide. Il savait dire le mot qu’il faut quand il faut. Il est l’incarnation de l’émergence de la presse privée au Cameroun. Il est mort au combat car on sait qu’il y est allé pour une conférence sur la démocratie au Cameroun. Cette mort montre le combat qu’il menait en faveur du Cameroun.


Zacharie Ngoumbe, sous-directeur de la prévention et de la sécurité routière au ministère de transports : « il a érigé un monument au lieu où son épouse a trouvé la mort »


J’ai connu Pius Njawe comme un militant engagé dans les causes de sécurité routière. Nous nous sommes connus en 2004 à travers ses propositions au ministre des transports sur les campagnes de prévention routière à l’attention des motos et des transporteurs routiers. Il a érigé un panneau sur les risques que représentaient l’axe Douala-Yaoundé au lieu où son épouse à trouver la mort. Nous sommes encore sous contrat avec Cam Com Inc. qu’il dirigeait pour une vaste campagne. C’est un ami qui s’en va. Je m’appuyais beaucoup sur ses conseils pour mener mes activités. Nous avions de la peine à parler de lui au passé. Pour moi ce n’est pas encore une réalité.
 

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