Quête littéraire à Kribi PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par Guy Zogo   
Mardi, 13 Mars 2012 16:48

Le lecteur peut se procurer un livre à Kribi à pas grand frais. Mais comme souvent, il y a des chances qu’il s’agisse d’un auteur occidental plutôt que d’un auteur camerounais.

Me trouvant à Kribi le week end dernier, pour une urgence familiale, il m’est venu une furieuse envie de lire quelque chose, histoire de m’occuper l’esprit pendant les près de quatre heures qui séparent cette ville de Yaoundé par la route. En effet, quelques temps auparavant, j’ai reçu l’information qu’un bus de l’agence de transport la " Kribienne ", parmi les plus réputées de la ville, allait partir pour Yaoundé dans les trente minutes suivantes. Aussitôt, je me précipite dans cette agence, par le mode de transport le plus partagé dans la ville : la moto. Mais quelle n’est pas ma surprise en y arrivant. J’avise le bus en question, plutôt garé dans l’essencerie du coin, se ravitaillant avant de prendre la route. Je me rends alors à l’évidence que je devrais prendre mon mal en patience, car le temps de remplissage d’un bus à Kribi pour Yaoundé peut être incroyablement long. Je suis allé à Kribi samedi 10 mars, sans rien d’autre que les vêtements que j’ai sur moi. J’ai dû sacrifier à mon habitude qui consiste à emporter toujours quelques livres et des journaux pour m’occuper. Las, je me rabats sur le bus de l’agence " Transcam " qui, lui au moins, a  déjà à son bord quelques passagers, contrairement à celui de la "Kribienne" qui va seulement entamer son nouveau chargement. Je n’ai pas le choix, il faut s’y faire.

 

Course effrénée


La question du choix de l’agence de voyage réglée, il me faut maintenant résoudre le problème du temps. Comment vais-je m'y prendre pour le tuer ? Une voix me dit " alors tu vas te procurer un bon roman qui t’occupera l’esprit, de sorte que tu ne verras même pas le temps passer! ". Et moi de répondre in petto " pourquoi pas. Je vais en effet bien m’occuper à faire passer le temps en lisant un auteur, à travers une belle histoire ". Mais, manque de pot, autour de moi, pas l’ombre d’un livre en vue. A côté, resplendissante, une boulangerie dont la terrasse est envahie par des jeunes dames coquettes affiche fièrement son allure. Pas loin, des calls box sont pris d’assaut par de nombreux clients. Encore un peu plus loin, des vendeurs de Cd piratés  écoulent allègrement de la musique et vendent des films.

 

Je suis un peu perdu. J’avise un conducteur de motos à qui je demande s’il connait un endroit où l’on pourrait acheter des livres dans la ville. Sa réponse, sans hésitation, est sans équivoque : non. Je m’en prends alors à moi-même " toi aussi, quelle idée d’aller parler des livres à un moto taximan qui n’a qu’une envie, attraper ses clients! "

 

Pourtant, au plus fort de ma réflexion, je m’aperçois qu’en face de l’endroit où je me trouve se situe le marché central de la ville qui, bien que nous soyons un dimanche, est grand ouvert. Sans plus me poser de questions, je fonce. A un jeune vendeur de vêtements, je repose la question que j’avais posée tantôt au moto taximan. Je m’entends dire alors "  allez-y au fond, de l’autre côté de la route, vous verrez un vendeur de livres. " Je me précipite aussitôt, car le bus n’arrête pas de se remplir. En un temps record, je me retrouve à l’endroit dit.

 

Larbaud à défaut d’un camerounais


Je m’aperçois que l’étal est achalandé en livres scolaires, ce qui a le don de me refroidir un peu dans ma quête, mais je m’avance tout de même. Entre les livres scolaires, figurent néanmoins quelques romans, en fait un seul et une pièce de L’Avare de Molière. Le seul roman est  Fermina Marquez de Valery Larbaud. Comme j’aurais aimé retrouver là un auteur camerounais. Un Mission Terminée par exemple de Mongo Béti, A  L'Intérieur de la nuit de Leonora Miano ou encore Mont Plaisant de Patrice Nganang. Rien de tout cela hélas ! Je dois faire avec Larbaud. Larbaud ? A vrai dire, je ne l’ai jamais lu. Tout de même, le nom ne m’est pas inconnu. Ah si ! Ça me revient : il y a quelques semaines de cela, je m’étais rendu à Pouma pour des affaires familiales aussi et j’avais emporté avec moi Garçon de quoi écrire, un livre d’entretiens entre François Sureau et Jean d’Ormesson de l’Académie Française. Et c’est bien Jean d’Ormesson qui disait toute son admiration pour Valery Larbaud, auteur d’un mémorable Ce vice impuni, la lecture. Vas pour Larbaud, me dis-je alors.  Pour le prix du roman, le vendeur me raconte comme quoi  le proprio a dit 1.200 F CFA. Je lui sors mon truc habituel « tu penses que si moi je t’apporte des livres pour que tu les achètes, tu les achèteras à ce prix aussi ? Je ne crois pas. J’ajoute que j’ai 300 FCFA ». Lui, après quelques hésitations, me lance «  400 alors ! ». Je les lui donne, le temps ne joue pas en ma faveur. Le marché est conclu, je repars à grandes foulées vers la gare routière, l’embarquement a commencé.

 

Pour la petite histoire, je n’ai pas été déçu par le roman de Larbaud. Il s’agit de l’histoire de Fermina Marquez, une jeune colombienne d’une famille bourgeoise qui vient fréquenter en France. Sa beauté subjugue alors ses jeunes camarades d’établissement, au point qu’il se forme bientôt autour d’elle une cour d’admirateurs. Seul Santos Ituria aura ses faveurs, au grand dam des autres. Mais enfin, c’est un excellent roman sur l’école par où nous sommes tous passés. La route m’a ainsi été très légère et moins longue, grâce à Valery Larbaud.

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Mise à jour le Vendredi, 16 Mars 2012 11:23
 
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