Droit de vote: Près 80% des camerounais de la diaspora écarté PDF Imprimer Envoyer
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Par Camerounactu   
Lundi, 11 Juillet 2011 10:57

C’est l’avis d’Albert Dzongang le président de la dynamique citoyenne. Dans une interview accordée au quotidien Le Messager, l’ancien député Rdpc indique que la majorité de nos compatriotes établis à l’extérieur du pays pourraient ne pas prendre part au vote du fait de leur double nationalité.

 

Un projet de loi vient de passer à l’Assemblée nationale autorisant le vote des Camerounais de la diaspora. Qu’en pensez-vous ?

 

Pour avoir été un acteur du parti au pouvoir – je l’assume – je connais comment il fonctionne. Il y a beaucoup de lois qui ont été votées et qui n’ont jamais été appliquées, comme du reste des décrets signés par le président et qui sont restés lettres mortes. Le problème de la diaspora est grave. Sortir de son pays, être de la diaspora, ne fait pas de vous un moins camerounais ou plus important que ceux qui sont restés au pays. De tout temps, la migration humaine est une réalité. C’est même un droit.

 

Une loi existe au Cameroun qui dit que si quelqu’un bénéficie d’une autre nationalité il perd celle du Cameroun. Encore que cette loi ne s’applique pas à tous. Nous connaissons beaucoup de personnes qui ont la double nationalité et occupent des fonctions importantes dans notre République. Je ne citerais que ceux de nos sportifs qui ont pris des nationalités étrangères pour des raisons professionnelles. Ils n’ont pour autant pas renié leur pays. D’ailleurs ils ont fait la gloire de l’équipe nationale (Bell Antoine, Milla Roger, Assou EKotto et bien d’autres). Sans compter ceux qui ont la possibilité de prendre la nationalité de leur épouse étrangère. Suivez mon regard. Si on continue à dire que la double nationalité n’est pas reconnue au Cameroun, à qui octroie-t-on donc le droit de vote à la diaspora ? Près de 80% de ces compatriotes, pour des raisons évidentes d’intégration et d’autres contraintes, ont pris une autre nationalité, sans pour autant renier leurs parents restés au pays, et encore moins leurs origines camerounaises.

 

Si le gouvernement veut être clair et sincère, il doit d’abord abolir cette disposition qui d’ailleurs est à tête chercheuse. Imaginez que les Camerounais de la diaspora concernés par cette loi prennent part aux prochains scrutins dont la date demeure secrète, ou connue seulement de ceux qui nous gouvernent, qu’est-ce qui empêcherait des candidats malheureux et procéduriers de les faire annuler par simple requête fondée sur le fait que des votants ont une autre nationalité ?

 

Je devine que la motivation réelle qui sous-tend une loi sans rapport avec la double nationalité, autorisant le vote de la diaspora, ne peut être que le tripatouillage des résultats dans les ambassades du Cameroun en faveur du parti au pouvoir. Fort heureusement, j’ai été conforté ce matin (Ndlr : 6 juillet 2011) quand j’ai entendu Alain Juppé, le ministre français des Affaires Etrangères et de la Coopération , tirant les leçons de ce qui s’est passé au Sénégal, dire qu’il a conseillé à Abdoulaye Wade, qui est un ami de la France et qui les a suivis dans le conflit de la Libye , de savoir se retenir et de ne pas tripoter la constitution. Cela s’adresse aux autres chefs d’Etat qui ont fait près de 40 ans au pouvoir. Et quand la France parle de ceux qui ont fait près de 40 ans de pouvoir, il y a le Cameroun et ses voisins dans le viseur. Donc, il ne faut pas se leurrer. L’alternance, c’est quelque chose qui est demandée, qui est souhaitée et qui va arriver. Le problème du Cameroun aujourd’hui n’est ni le vote de la diaspora, ni même le vote en lui-même, et encore moins la commission électorale. Tout cela n’est que diversion.

 

Le problème du Cameroun aujourd’hui est sa remise à neuf comme l’a dit le Cardinal Tumi. Et pour cette remise à neuf, il faut pouvoir dépanner, c’est-à-dire déceler les défauts et les corriger. Un proverbe bamiléké dit que quelqu’un ne fuit pas la mauvaise odeur de son propre W.C. Si le gouvernement en place a un peu d’amour pour ce pays, il peut remettre ce pays à neuf. Et s’il veut, on peut l’aider. Ceux qui occupent les postes qu’ils ne méritent pas ne les quitteront pas aisément. Ils vont s’accrocher, ils vont se battre et ils disposent des moyens de nuisance sans limite. Il n’y a donc que celui qui les a placés pour les faire partir ou tout au moins changer de mentalité. Pour notre pays, je propose qu’un comité de sages se mette avec le chef de l’Etat pour repenser le Cameroun afin que demain nous repartions sur une bonne base.

 

Il ne manque d’ailleurs pas de sages au Cameroun. Evitons tout amalgame. Il y a des Camerounais qui ont prouvé par leurs comportements qu’ils méritent qu’on leur face confiance. Si on requérait leurs avis, ils parleraient librement aujourd’hui en pensant vraiment au devenir de ce pays et ils n’attendent plus de jouir de quoi que ce soit. Ils ont fait leur temps. On peut penser au Cardinal Tumi, au père Koungou Edima, bien qu’il soit un peu malade, aux patriarches Kadji Defosso, Dr Endeley, Fotso Victor, Alhaji Abbo, aux anciens ministres Eteki Mboumoua, Koula Edouard, Akame Mfoumou, Joseph Owona, Jean – Marie Aléokol, à l’ancien premier ministre Sadou Hayatou, à l’ancien gouverneur Kaifon Pefura, et j’en oublie... Si le chef de l’Etat, par un sursaut patriotique faisait appel à ces illustres compatriotes pour qu’ensemble, ils repensent le redressement du pays, il rentrerait dans l’histoire ! Même si cela devait prendre deux ans ce n’est pas long. Pour ma part j’estime qu’il n’y a pas urgence. Comme je l’ai dit plus haut, le problème du Cameroun actuellement, ce ne sont pas les élections. Ce sont les affamés qui veulent absolument y aller dans les conditions actuelles, ainsi que ceux qui ont pris des engagements avec le régime en place pour, disent-ils, « aider M. Biya à rester au pouvoir ».

 

Rester pour quoi faire encore ? Il n’est vraiment pas urgent d’aller aux élections aujourd’hui car quel que soit le vainqueur, et il est connu, de ces élections : M. Biya ou quelqu’un d’autre qu’il aura mis, le Cameroun sera ingérable dans la période post électorale immédiate. Tant que M. Biya n’aura pas réparé un certain nombre d’injustices que son pouvoir a commises, le Cameroun reste un volcan endormi.

 

A quelles injustices pensez-vous précisément ?

 

Il y a le tribalisme érigé en mode de gouvernement. On connaît des administrations et même des entreprises d’Etat où la langue de travail est pratiquement celle d’une région. Pensez-vous qu’en cas de changement à la tête de l’Etat, le rééquilibrage des postes se fera sans résistance, pour ne pas dire sans trouble ? Il n’y a que l’auteur de cette situation pour la réparer et mettre les Camerounais ensemble en fonction de leurs compétences, aux fins de construire le pays. D’ailleurs, ce n’est pas le chef de l’Etat qui veut rester au pouvoir à tout prix. Ce sont ceux qui ont peur en raison des méfaits ou forfaits qu’ils ont commis sous son couvert qui souhaitent le maintenir comme bouclier. Mais c’est lui le chef de l’Etat qui en est comptable. C’est lui qui peut décider de se retirer en son âme et conscience. Le hic c’est que s’il quitte le pouvoir maintenant en laissant le Cameroun en l’état actuel, la tâche sera ardue pour son successeur. Il doit faire un certain nombre de réformes, avant de passer la main. Il doit nettoyer le Cameroun et s’entourer un moment des sages qui connaissent les aspirations des Camerounais, et leur permettre de lui parler. Ils le feraient franchement car ils n’on rien à perdre mais beaucoup à gagner devant l’Histoire. Pendant que certains écrivent l’« Appel du peuple » pour lui dire de rester au pouvoir, je ne sais de quel peuple il s’agit, il y a le vrai peuple qui veut le changement de son système et le départ des agitateurs qui l’accompagnent. Non, Monsieur Biya, ceux qui vous conseillent d’acheter un cheval ventru ne vous aideront pas à le nourrir. Sachez que l’histoire du Cameroun vous jugera, et qu’il n’est pas tard pour réparer.

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Mise à jour le Lundi, 11 Juillet 2011 11:28
 
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