| Comment le mérite a été liquidé au Cameroun depuis l’indépendance |
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| Par Guy Zogo | |||
| Jeudi, 18 Août 2011 11:27 | |||
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Une interview récente du premier doyen du Centre Universitaire des Sciences de la Santé renseigne sur la place du mérite dans les régimes Ahidjo et Biya.
En 1969, à la création du Centre Universitaire des Sciences de la Santé(Cuss), Gottlieb Monekosso est appelé à diriger cette institution en tant que son premier doyen.
Le 06 août dernier, dans l’édition du quotidien Le Jour, il y donnait une interview fort instructive sur la notion de mérite dans le régime de Ahmadou Ahidjo .Il y racontait en effet comment le premier président de la République du Cameroun piqua une colère lorsque le doyen évoqua l’idée que sa fille devait se soumettre à un concours pour être admise au Cuss.
Cet épisode illustre combien le régime d’Ahmadou Ahidjo brilla par le favoritisme pour les siens. Outre le cas de sa fille dont parle Gottlieb Monekosso, à propos de laquelle on peut douter qu’elle obtint le concours du Cuss à la régulière, d’autres cas sont légion.
Ainsi, pendant longtemps, des originaires du Nord, notamment de Garoua, furent admis à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature(Enam), alors même qu’ils ne justifiaient pas du niveau requis pour y accéder. L’armée dont particulièrement la gendarmerie n’échappa pas à ce fléau. Les promotions en faveur des ressortissants du Nord y étaient fantaisistes et peu fondées sur le mérite.
Ce favoritisme rattrapa cependant ses initiateurs lorsqu’en 1984, pendant la tentative de putsch, la Garde Républicaine (Gr) brilla par son incapacité à mener des opérations militaires élémentaires, faisant tourner court le pronunciamiento.
Plus lucratifs, les crédits importants accordés à des hommes d’affaires qui mourraient curieusement après avoir empoché l’argent emprunté permirent d’asseoir la base financière de ce favoritisme.
Exclusivement donc, le régime d’Ahmadou Ahidjo a fait la part belle aux ressortissants du Nord, alors qu’il inspirait la crainte du vol aux originaires des autres régions. Il n’ya qu’à voir le dénuement dans lequel se trouvent certains anciens collaborateurs de l’ancien président.
Changement dans la continuité
En comparaison, Paul Biya n’a pas fait mieux. Le mérite a tout autant été malmené depuis son arrivée au pouvoir en 1982. A la différence que chez lui, ce ne sont pas les seuls ressortissants de sa région natale ou ses proches immédiats qui ont bénéficié exclusivement des faveurs du régime, mais un large spectre des personnes à travers la République. Qu’on en juge par les nombreux fils et filles à papa qui se retrouvent à différents postes de responsabilité avec pour dénominateur commun leur incompétence notoire. Cela est dû, contrairement à Ahmadou Ahidjo, au laxisme de l’ère Biya qui consiste à céder une part de la République à tout détenteur d’une responsabilité pour qu’il en dispose à sa guise. A l’instar des fiefs administrés par les seigneurs au Moyen Age. Cette situation a même déteint sur les concours administratifs à propos desquels nombre de Camerounais croient ferme que pour y réussir, il faut être le protégé d’un tel haut placé.
Hormis donc quelques cas limites, à l’instar du scandale de la Société Camerounaise des Banques(Scb), où sa première épouse, Jeanne Irène Biya, fut accusée d’avoir perçu indûment de l’argent, le clan Biya ne brille pas par sa volonté de tirer absolument profit de sa position privilégiée. Mais là s’arrêtent les bons points que diluent d’ailleurs le foisonnement à travers la République d’une foultitude de crétins érigés en modèles.
Au fond, la dissociation des régimes Ahidjo et Biya n’est pas envisageable sur la question du mérite, contrairement à ce qu’a par exemple fait Samuel Eboua dans son livre d’Ahidjo à Biya : Le changement au Cameroun. Auteur de l’un des abus de pouvoir les plus grotesques de l’histoire du Cameroun, lorsqu’il suspend des mois durant le salaire du regretté Pr Roger Gabriel Nlep, fautif d’avoir recalé sa fille à l’université, l’ancien Secrétaire Général de la Présidence de la République a attribué tous les bons points à Ahmadou Ahidjo et les mauvais naturellement à Paul Biya.
En réalité, les deux pouvoirs auront gravement contribué, chacun à sa manière, à déstructurer la notion du mérite telles que les normes le prévoit.
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