Schisme : Le Rdpc au bord de l'implosion à Abong-Mbang PDF Imprimer Envoyer
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Par Georges Alain Boyomo, Mutations   
Lundi, 01 Mars 2010 13:58

S'estimant lésé par l'élite locale du parti, un groupe de jeunes projette de créer une formation politique.

Le cœur de la ville d'Abong-Mbang bat ces derniers temps au rythme des préparatifs de la cérémonie d'inauguration de la préfecture, prévue jeudi prochain. L'ancien bâtiment abritant les services du préfet du Haut-Nyong ayant été incendié en 2007 par des jeunes, qui exprimaient ainsi leur ras-le-bol face aux délestages récurrents dans la ville. Pour donner du lustre à l'évènement, l'élite du département multiplie des concertations. Mais la sérénité n'est pas de mise dans les rangs de la section hôte, du Haut-Nyong-Centre, qui entend pourtant faire une nouvelle « démonstration de force » à cette occasion. Au lendemain de la conférence de la section Ofrdpc tenue à Abong-Mbang le 29 janvier 2010, le secrétaire général de la section Ojrdpc, Raymond Chia Zok et Yves Menkoué (vice-président) ont décidé de démissionner du Rdpc et de créer un parti dénommé « Action républicaine du Cameroun ». Selon les démissionnaires, « le Rdpc ne nous offre plus aucune issue d'épanouissement ou de mieux être ».

 

Au cours d'une réunion du bureau de la section Rdpc du Haut-Nyong centre (dont le compte rendu a été transmis au secrétaire général du comité central du parti) organisé le 10 février dernier, les deux militants « faisant le bilan de leur adhésion au Rdpc et des sacrifices consentis depuis plus d'une dizaine d'années, pensent que la jeunesse de l'Ojrdpc dans le Haut-Nyong-Centre ne reçoit aucune retombée de son militantisme ». Ils estiment du reste que la politique étant activité du donner et du recevoir, l'élite du département devrait faciliter l'insertion socioprofessionnelle des jeunes du département, qui ploie sous le chômage. Malheureusement, cette élite « se distingue par la distance et l'indifférence vis-à-vis des jeunes ». Les dissidents soulignent également « la fracture entre les responsables locaux du Rdpc et l'Ojrdpc d'une part et l'élite gouvernementale d'autre part ».


Le 24 mars prochain, date du 25e anniversaire de la création du Rdpc, a été choisi par Raymond Chia Zok et ses compères pour démissionner officiellement du Rdpc et proclamer la naissance de l' « Action républicaine du Cameroun ».

 

Maturité politique

 

Dans un rapport adressé au Sg du comité central du Rdpc, René Sadi, le 10 février dernier, Gustave Sakandela Moamosse, président de la section Rdpc du Haut-Nyong centre et maire d'Abong-Mbang indique que « la détermination des auteurs de ce mouvement séditieux semble inébranlable. Bien qu'ils se défendent d'être manipulés ou téléguidés, les auteurs laissent néanmoins entrevoir une influence ou « soutien » d'une élite de la région de l'Est installée en Europe et dont l'ambition affichée serait d'utiliser le parti en gestation pour se présenter à l'élection présidentielle de 2011 ».


Dans la ville d'Abong-Mbang, des tracts, qu'on attribue aux dissidents, appelaient la jeunesse du département à incendier la nouvelle préfecture et un certain nombre d'édifices publics durant la semaine de la jeunesse. Toute chose qui aurait poussé le préfet Ndongo Ndongo, en déplacement à Yaoundé, à rejoindre la ville au pied levé.

 

Informée de la situation, une délégation d'élites du Haut-Nyong, conduite par Joseph Le (directeur adjoint du cabinet civil) et Isabelle Tokpanou (ex secrétaire d'Etat au Mineduc) descend sur le terrain le 13 février dernier. La réunion de crise n'aboutira à rien. « Le ministre Joseph Le a procédé par intimidation. Cette méthode faite de mépris et de menaces contre nous et nos familles ne nous a pas ému. Il nous a mis devant une espèce de tribunal. C'est pour cela que la réunion n'a accouché que d'un canard sans tête ni queue », révèle Chia Zok. Pour Adèle Douang, présidente de la section Ofrdpc, « quand on veut créer un parti, on n'a pas besoin de faire chanter les gens ou de faire du tapage. C'est un groupe de jeunes qui ont des visées mercantilistes. Les problèmes d'emploi ne sont pas spécifiques à la jeunesse du Haut-Nyong. La réunion de dialogue et de concertation a échoué à cause de certaines revendications inopportunes ».

 

Le 20 février, une autre délégation d'élites du Haut Nyong, conduite cette fois-là par Jean Baptiste Bokam (secrétaire d'Etat à la défense, chargé de la Gendarmerie nationale) débarque à Abong-Mbang. « La démarche du Sed a été plus responsable. Il a abandonné sa maison et a proposé Fouda Fouda (ex député) comme médiateur. M. Bokam nous a écouté. Il a demandé qu'on se ravise. Il a ouvert une brèche d'espoir, mais nous irons jusqu'au bout », soutient Chia Zok.


Le « commérage entretenu par l'élite », les coupures intempestives de courant électrique et le contingent d'agents de renseignements qui écument la ville font monter l'adrénaline à Abong-Mbang.

 

Mme Atéba née Ngono Emilienne, femme politique la plus capée du département, dénonce l'élite locale qui, à l'en croire, « manque de maturité politique et n'écoute pas les aînés. On ne peut gérer en même temps le sommet et la base », tranche t-elle. Avant de souhaiter que la « paix pour laquelle nous nous sommes battus ne soit plus menacée à Abong-Mbang ». Pour désamorcer la crise, René Emmanuel Sadi a reçu le maire d'Abong-Mbang jeudi dernier au siège du Rdpc, à Yaoundé. Sans aucune assurance, pour l'instant, que le parti se présente en rangs serrés à l'inauguration de la nouvelle préfecture, jeudi prochain.

 

Article Mutations

 

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