Pygmées Bagyéli entre vie et mort PDF Imprimer Envoyer
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Par Mireille Fouda Effa à Nyamabandé   
Mercredi, 30 Décembre 2009 17:26

Les populations de la communauté Nyamabandé dans le Sud Cameroun manquent d’eau potable et n’ont pas accès au seul centre de santé de leur localité.

 

Les pygmées bagyéli de la communauté Nyamabandé vivent entre la société Hévéa du Cameroun (hevécam) et le parc de Campo Ma’an. C’est à 2,5 km du lieu dit Nyété V12 près de Kribi dans la région du Sud Cameroun.

 

Pour arriver dans la communauté après avoir braver la route et une piste herborisée, le visiteur traverse un pont défectueux fait de troncs d’arbre. En dessous, de l’eau coule. En approchant de près cette rivière, on aperçoit des débris de des boîtes de conserve, des déchets de caoutchouc, de vieux habits parfois accrochés aux herbes qui poussent aux abords de cette rivière. On voit également des têtards se mouvoir dans l’eau. Et c’est ‘‘la seule source d’approvisionnement en eau du village’’ affirme Zeh Roger, le chef de la communauté.

 

‘‘Nous les bagyeli, on utilise cette eau de rivière pour tous nos travaux au village. Les femmes préparent avec, on s’en sert pour boire, on l’utilise aussi pour laver nos habits’’ explique t-il en précisant qu’ils font l’objet de mépris de la part de leurs voisins, ouvriers de Hevécam qui habitent à quelques kilomètres de leur village. ‘‘Ils savent très bien que c’est notre seule source d’eau mais ils chient là- dedans. Ca descend ici et c’est comme ca que nous consommons leurs déchets chaque jour’’ raconte le Chef de la Communauté Nyamabandé.

 

Face à cette situation les pygmées Bagyeli se disent impuissants ‘‘Nous ne pouvons rien faire. Ils ne nous considèrent même pas comme des hommes. Très souvent, les ouvriers viennent ici au village et nous bastonnent sous le prétexte que nous volons la nourriture dans leurs champs. Regardez derrière nos cases, ce sont leurs champs. Ils ont tout occupé notre espace et il faut que nous allons très loin en forêt pour chercher de quoi manger’’ témoigne Kiema Justin Robert, tradipraticien et cueilleur de miel.

 

Lorsque survient un cas de maladie au sein de cette communauté, les populations sont désemparées. Car ‘‘même si nous avons de l’argent, le centre de santé de Hévécam refuse de nous prendre en charge’’. La raison évoquée est que les pygmées bagyeli ne font pas partie du personnel de cette société d’exploitation d’hévéa.

 

Ledit centre de santé, le seul plus proche de la communauté, ‘‘ne reçoit et ne prend en charge que le personnel de Hevecam présentant un matricule’’. Cette dure réalité a conduit l’Ong locale FODER à offrir des médicaments à cette communauté en Septembre 2009 via le maire de Nyété.

 

Malheureusement pour ces pygmées, ils ne peuvent en bénéficier jusqu’à ce jour. ‘‘Le maire refuse de signer les documents qui admettent la décharge desdits médicaments’’ nous apprend Roger Zeh, le chef de la Communauté Nyamabandé.


Joint au téléphone, le maire a refusé de se prononcer sur le sujet.
Abandonné à eux-mêmes, les bagyeli se sont résolus à se soigner avec des écorses d’arbres. ‘‘ On utilise les plantes, des herbes et des écorses pour nous soigner mais ca ne suffit pas toujours’’ avoue le tradipraticien du village. ‘‘Nos habitants meurent souvent de hernie, de rougeole, des abcès, de diarrhée car nous n’avons pas les médicaments pour les soigner sans compter les assassinats dont nous sommes victimes’’ ajoute de le chef de la communauté.

 

Les femmes qui donnent naissance au sein de la communauté bénéficient de l’aide d’Antoinette Mvomo, accoucheuse formée par une Ong locale. Seulement, les risques demeurent au moment des accouchements parce que ‘‘ je n’ai pas le matériel approprié ni les stérilisants qu’il faut toujours’’ avoue t-elle.

 

Dans sa boîte à pharmacie qu’elle nous présente, on voit 3 paires de ciseaux de tailles différentes, une paire de gang, du coton et un flacon à moitié vide d’alcool. ‘‘ C’est avec tout ceci que je fais accouché les femmes ici au village’’ dit –elle fièrement. En cas de complication, elle assiste, impuissante, à la mort du nourrisson.

 

‘‘On ne nous reçoit pas au centre de santé de Hévécam, on n’a même pas la possibilité de se rendre dans un hôpital c’est si loin. Pour trouver la voiture, il faut faire plusieurs kilomètres à pied, c’est très difficile’’ lance Antoinette Mvomo visiblement irritée. Petit à petit, la communauté se meurt avec le risque d’une éventuelle totale disparition s’inquiète le Chef Zeh roger.

 

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Mise à jour le Dimanche, 14 Mars 2010 02:36
 
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