Marché Mokolo : palme d’or de l’insalubrité à Yaoundé PDF Imprimer Envoyer
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Par Christian Shalaï   
Lundi, 05 Juillet 2010 15:25

Pendant que l’insalubrité tisse progressivement sa toile, les commerçants accusent la communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) d’avoir démissionné de ses responsabilités.

 


Difficile pour un client de faire aisément des emplettes au marché Mokolo sans inhaler des odeurs fétides. A plus forte raison si ce dernier doit les faire le long du couloir principal qui s’ouvre sur la route étroite conduisant au lieu-dit « Mokolo Elobi », un coin malfamé du quartier qui abrite le marché. Ici, c’est d’abord une forte odeur de fosses sceptiques qui vous accueille. On dirait un mélange de produits avariés, d’urines, d’œuf pourris et de tubercules en putréfaction.


Des effluves qui deviennent plus incommodantes au fur à mesure que le client sillonne les allées voisines à cet endroit. Le long de celles-ci, de vieux paniers de tomates pourries et des corps en putréfaction de certains animaux domestiques emplissent ce qui tient lieu de bacs à ordures. Au sol, des tas d’excréments et de feuilles mortes baignent dans des flaques d’urines logées sur ce qui reste du bitume. Un inconfort qui oblige les clients à se boucher les narines, à retrousser leurs pantalons ou encore à remonter leurs jupes pour éviter d’être éclaboussés au passage par des chauffards mal intentionnés.


Au marché des poulets, le décor est à peu près le même. Des têtes, des intestins, des boyaux de volaille flottent à la surface d’une eau stagnante de couleur verdâtre. Mouches et asticots ont fait du mélange leur refuge. Malgré les efforts multipliés des commerçants pour chasser ces odeurs, rien n’y change. L’atmosphère devient alors invivable lorsque le soleil commence à poindre à l’horizon. A ce moment là « tu peux vomir sans le vouloir. Les odeurs fusent de tous bords. Elles deviennent si fortes qu’elles nous obligent souvent à reculer de quelques mètres de nos ballots », témoigne Abo, vendeur de vêtements à la criée.


Cette situation devient plus grave dans les toilettes construites à proximité des restaurants de fortunes éparpillés un peu partout dans le marché. Sous les morceaux de planches où sont posés les repas et le couvert, des eaux usées de couleur noirâtre ruissellent allègrement. Toute chose qui n’entame en rien la tranquillité des gourmets, déjà habitués à manger dans un environnement aussi infeste. « Quand je viens, je m’assoies et je focalise mon attention sur ma nourriture. Je ne cherche pas à savoir ce qui se passe autour. Je mange et je m’en vais. Je ne vais quand même pas mourir de faim», tranche un client.


La CUY, pointée du doigt


D’après les témoignages de certains anciens commerçants, cette insalubrité qui règne au marché Mokolo date de Mathusalem. Tenez par exemple. Il y a quatre ans, « nous avons sollicité l’intervention de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) au sujet de la réhabilitation des fosses sceptiques qui ne font que déborder davantage. Mais au lieu de pallier à cette situation, on passe le temps à exiger de nous le paiement des tickets d’occupation », déplore Jacques Edo, commerçant.


Pour ce dernier, la Cuy est en grande partie responsable du désagrément que subissent les commerçants aujourd’hui. Et pourtant, les incriminés soutiennent que ce sont les commerçants qui ne font preuve d’aucune mesure d’hygiène. « Non seulement ils viennent s’installer à n’importe quel endroit sans aucune autorisation, mais en outre, ils ne sont pas reconnaissants envers le travail que la société Hysacam abat au quotidien », réplique un agent de la Cuy.

 
C’est d’ailleurs pourquoi la Cuy a lancé depuis le 23 septembre 2009 l’opération de décongestionnement dans ledit marché. A en croire le commandant de la brigade de la police de la Cuy, une fois les déguerpissements complètement achevés, Mokolo retrouvera un nouveau visage, loin de celui qu’il affiche aujourd’hui. La construction de nouvelles boutiques est engagée depuis bientôt deux mois. Commerçants comme clients ont bel espoir que cela viendra mettre définitivement un terme au mal être dont ils sont victimes. On ne perd rien à attendre.

 

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