Conseil National de la Jeunesse du Cameroun : mise sur pied sous fond de controverse PDF Imprimer Envoyer
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Par Aboudi Ottou   
Samedi, 17 Octobre 2009 17:06

Le ministère de la jeunesse a la mainmise sur tout. Du coup certains leaders jeunes se désolidarisent du processus… Enquête

 

19 décembre 2009 c’est la date des dernières élections. Lesquelles vont désigner les tous premiers dirigeants du Conseil National de la Jeunesse du Cameroun(CNJC). Avec la tenue de ces élections, on s’achemine vers la fin de la mise sur pied du CNJC. Le ministère de la jeunesse aura alors réussi son pari : mettre sur pied le CNJC avant décembre 2009, tel que souhaité par le président de la république. Et pour une partie des leaders jeunes, ce sera l’accomplissement d’un projet pour lequel ils se battent pour certains, depuis les années 90. A côté de ces leaders, d’autres y voient, la mise sur pied d’une structure sous la botte du gouvernement, sans intérêts pour la jeunesse.
La pomme de la discorde
Depuis le début de sa création, le CNJC divise l’opinion publique jeune. Deux points sont principalement au centre de la polémique : Le rôle de CNJC et la place du ministère de la jeunesse ou plus globalement du gouvernement, au sein de cette plateforme des associations de jeunes. Au regard des statuts actuels, le CNJC est «une plateforme nationale de concertation, d’expression, de coordination, de consultation et d’action des organisations de jeunesse du Cameroun ». En ce sens, il regroupe toutes les organisations de jeunesse légales : GIC, associations, ONG, quelques soient leurs champs d’activités. Elles avoisineraient 3000 associations d’après le MINJEUN. A Fondation Conseil Jeune(FCJ), on rejette cette vision.
Dans un communiqué de presse sur son site, Fondation Conseil Jeune précise l’idée qu’elle a du Conseil National de la Jeunesse. « Nous voulons rappeler aux services du MINJEUN que le CNJ est la plateforme nationale des organisations de jeunes qui ont (ou qui veulent avoir) de la pratique et du vécu dans le dialogue avec les pouvoirs publics sur les politiques publiques. Ces organisations jeunes mettent ensemble leur crédibilité, les ressources et leurs expériences pour bâtir une plateforme commune, qu’il structurent sur la base de l’action collective et non d’une structuration institutionnelle ou verticale ». Et d’après le président de FCJ, Mbelle Abega J.J, ces associations ne dépasseraient pas 300.
Au sens de FCJ, le CNJC doit se réduire à la défense des intérêts des jeunes auprès des pouvoirs publics. «Le CNJC est un interlocuteur des pouvoirs publics. Appartient-il à l’administration de désigner et d’organiser son interlocuteur ? » S’interroge le communiqué.
Au ministère de la jeunesse, les responsables fondent leurs interventions sur le décret présidentiel de 2005 organisant le Ministère de la Jeunesse. Dans ce décret, l’une des missions du MINJEUN est d’organiser les mouvements de jeunesse. Les associations jeunes, elles, rétorquent que organisation n’est pas synonyme de contrôle. Une inquiétude fondée.
La place du ministère au sein du CNJC
D’après les textes, le MINJEUN est la tutelle du CNJC. Il a la mainmise pratiquement sur tout. Depuis l’élection des dirigeants des organes de cette institution, jusqu’au fonctionnement. Selon le code électoral du CNJC, le ministère de la jeunesse organise les élections, publie les résultats et gère le contentieux électoral. Dans les statuts et le règlement intérieur il est dit que le ministère a deux représentants à l’assemblée générale. Il exerce le contrôle administratif du CNJC. En plus Le ministre de la jeunesse peut convoquer une l’assemblée générale, et même dissoudre le CNJC. Pour le Directeur de la Vie Associative et des Loisirs(DVAL), Akedjol Selema, qui a fait le tour du « monde » pour observer comment fonctionnent les conseils nationaux de la jeunesse, la présence du MINJEUN eu sein du CNJC est le fait du type de conseil choisi au Cameroun. A savoir le type mixte : gouvernement et jeunes. « Il ya des CNJ mises en place par les jeunes, il ya des CNJ mixtes et il y en a qui sont mises en place par le gouvernement. Nous avons fait une l’étude comparative de l’une ou l’autre forme et les partenaires au développement, le ministère et les jeunes réunis au sein du comité de pilotage ont choisi la forme mixte » explique le DVAL. Le comité de pilotage dont il est question ici, est composé de 44 membres : 13 associations de jeunes ; 9 représentants des organismes internationaux ; 14 représentants du MINJEUN et 8 représentants des autres ministères concernés par les questions de jeunesse. A l’observation, on se rend bien compte que la voix des jeunes est minoritaire au sien de ce comité.
En plus de la supériorité numérique du MINJEUN au sein du comité de pilotage, le ministre de la jeunesse Adoum Garoua utiliserait également sa position pour avoir la main mise sur le comté de pilotage. «Dans ce comité le ministère a crée des sous commissions et a mis à leurs têtes des responsables du ministère de la jeunesse et comme rapporteur des jeunes que le ministère avait déjà acheté. Par exemple le représentant des jeunes au Commonwealth que le ministre n’a toujours pas renouvelé ou encore un autre qu’il a nommé au pajer U (programme d’appui à la jeunesse rurale et urbaine) comme responsable formateur. C’est pourquoi fondation conseil jeune a démissionné de ce comité. » « D’où la place actuelle MINJEUN au sein du Conseil Nationale de la Jeunesse du Cameroun », conclut Mbelle Abega.
Les enjeux souterrains

Ce qui fait dire à Lindjoun Mbohou l’ancien secrétaire général de l’Association de Défense des Droits des Etudiants du Cameroun(ADDEC) que le CNJC est sans intérêt pour les jeunes. Il est convaincu de ce que « La voix des jeunes ne sera entendu que si ces derniers participes au processus de désignation des responsables au poste de décision.» Mais pour la Porte Parole de la Jeunesse Africaine et de la Diaspora, la question de la participation au Conseil National de la Jeunesse du Cameroun ne se pose pas. Marie TAMOIFO, la présidente de l’Association Jeunesse Verte du Cameroun, qui se bat depuis 2005 date de sa désignation comme porte parole de la jeunesse africaine, pour la mise sur pied d’un CNJ au Cameroun, la qualité du Conseil National de la Jeunesse dépendra de la qualité des jeunes qui seront appelés à le diriger. « Le type de Conseil National de la Jeunesse du Cameroun qui a été choisi est un type mixte…donc ce sera un jeu de pouvoir que les jeunes devront essayer à chaque fois et perpétuellement de gager. Parce qu’à ce moment là, ils défendront les intérêts de la jeunesse». Et c’est dans cette logique de jeu de pouvoir ; de rapport de force que travaillerais déjà le MINJEUN.
Que se soit du côté de l’administration ou des associations de jeunes qui s’opposent autour du CNJC, tous disent travailler pour l’intérêt collectif. Mais en arrière plan, il faut aussi voir une bataille pour le contrôle des financements extérieurs. Le chômage aidant, certains jeunes ont fait de leurs associations leurs principales sources de revenu. Ces jeunes craignent en effet qu’en se regroupant tous au sein d’une plateforme, que celle-ci, ne devienne le seul interlocuteur des organismes internationaux qui finances les associations.
 

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Mise à jour le Dimanche, 18 Octobre 2009 16:13
 
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