Musèlement : Comment les autorités travaillent contre le bien être des travailleurs PDF Imprimer Envoyer
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Par Aboudi Ottou   
Mercredi, 27 Avril 2011 00:38

Un film qui raconte les conditions inhumaines de travail dans les bananeraies de Penja a été interdit de projection au même moment où, le gouvernement lançait à Garoua dans le Nord du Cameroun, la semaine du travailleur.

 

« Revalorisons le travail », c’est le thème de cette 125e édition de la fête du travail. Une vision loin d’être partagée dans les bananeraies de Penja à en croire le résumé du film documentaire « La banane », qui devait être présenté ce mardi 26 avril 2011 à la fondation Muna. Mais le sous préfet du 1er arrondissement de Yaoundé en a décidé autrement.

 

17 heures. Les invités conviés à l’avant-première de ce film documentaire, attendent depuis environ une heure le début de la projection dans le hall de la fondation Muna. C’est alors que Bernard Njonga, Samuel Nguiffo, les responsables de la Coalition souveraineté alimentaire qui a programmé cette projection accompagnés du commandant du commissariat n°1 et le directeur de la fondation descendent du bureau de ce dernier où ils sont en conciliabule depuis plusieurs minutes.

 

Samuel Nguiffo prend la parole : « on ne pourra pas procéder à la projection aujourd’hui (…) Le sous préfet du 1er a interdit la cérémonie pour absence d’autorisation». Et de poursuivre, « nous ne l’avons pas sollicité parce que nous pensions qu’il s’agissait d’une manifestation privée… »

 

Dans la foule des invités, cela sonne comme un prétexte. Le réalisateur du documentaire Franck Bieleu qui se dit frustré y voit une volonté de musèlement. Il convie la presse à un échange improvisé au Bois Saint –Anastasie. Echange lui aussi interrompu.

 

Le film


Mais on apprendra cependant que « La banane », film documentaire réalisé entre 2009 et 2010 s'intéresse au sort de près de 6000 ouvriers qui travaillent dans les bananeraies de la Plantation du Haut Penja (Php), propriété des multinationales fruitières de Marseille et de Dole.

 

Les organisateurs de la projection font savoir dans un communiqué de presse parvenu à notre rédaction que « la rémunération dans la banane est des plus dérisoires. La moyenne étant d'environ 25 000Fcfa par mois pour un travail à la tâche et non à l'heure ». Soit moins du Smig qui est 28 500 Fcfa.

 

L’autre problème soulevé par les employés et les riverains de ces plantations, ce sont les risques sanitaires et environnementaux liés à l'épandage des pesticides dans ces plantations.

 

Et malgré tous ces risques, ces communautés agricoles de Njombé Penja ne bénéficieraient pas des retombées économiques de la culture de la banane. « En 30 années d’exploitation, le niveau de vie des populations ne cesse de décroitre, les plongeant ainsi dans une précarité extrême », lit-on dans le résumé du documentaire.

 

Le film se focalise enfin sur les problèmes fonciers. Il montre que la Php qui, au départ, détenait une superficie réduite, a, avec la complicité des élites locales, des élus régionaux et nationaux, fini par en acquérir de grandes au détriment des petits exploitants.

 

Des complicités qui expliquent sans doute pourquoi malgré le désastre social que décrit « La banane », le gouvernement camerounais ait décerné pendant la même période, le prix Award du meilleur manager social à Php. Un prix qui honore une entreprise qui, pendant plusieurs années, aura excellé dans le management social. Avec à la clé, une visite du ministre du Travail et de la sécurité sociale.

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Mise à jour le Jeudi, 28 Avril 2011 09:45
 
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