Revendications: La police saute sur les paramédicaux au Minsanté PDF Imprimer Envoyer
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Par Le Messager   
Lundi, 02 Novembre 2009 16:24

Décidément c’est loin d’être fini. Ce qu’on pourrait qualifier aujourd’hui de la désormais « affaire ministère public contre paramédicaux » a de nouveau connu un rebondissement les mercredi 28 et jeudi 29 octobre 2009. D’abord la journée du mercredi. Il est seize heures. Le soleil qui a transformé la ville de Yaoundé ces derniers jours en un fourneau continue de sévir. Sous cette canicule, quatorze des 33 lauréats lésés... de la Faculté de médecine et des sciences biomédicales (Fmsb) de l’université de Yaoundé I sont en train de poursuivre leur grève de la faim dans le parking du ministère de la Santé publique. Soudain, une escouade de la police du commissariat du 1er arrondissement fait irruption et ordonne aux grévistes de rentrer dans leur véhicule communément appelé « gentil car ». « Isl nous ont dit qu’ils viennent sur ordre du ministre de la Santé. Que ce dernier leur a sommé d’user de n’importe quel moyen pour nous faire libérer les lieux », raconte Arnaud T, un des manifestants. Mais le groupe de mécontents refuse d’obtempérer et oppose une vive résistance aux forces de l’ordre. L’un d’eux va même jusqu’à se coucher sous le car, obligeant le véhicule à rester immobile. Face à cette autre forme de contestation, les policiers se retirent, non sans promettre de revenir. Lorsque ces derniers constatent quelques minutes après que la cohue s’est un peu calmée, ils reviennent, armés de matraques et accompagnés cette fois de leurs collègues du commissariat central. Dans une brutalité indescriptible, « ils nous ont bousculés en nous taxant de tous les mots. Certains parmi nous ont égaré leurs téléphones portables pendant que d’autres ont vu leurs toges finir en lambeaux», se souvient un lauréat.

Dans la mêlée, Boris Mabou, jeune lauréat tombe, heurte son crâne sur le rebord d’un caniveau et perd connaissance. Ce n’est que quelques minutes plus tard que celui-ci revient à lui. Les manifestants sont embarqués puis répartis en deux groupes. L’un au commissariat du 1er arrondissement et l’autre au commissariat central de Yaoundé. Aux environs de dix neuf heures, « Ils nous ont tous ramenés au commissariat du 1er arrondissement où nous avons partagé la même cellule que les filles et certains criminels placés en garde à vue. Nous y avons passé la nuit du mercredi», relate un lauréat. Ce n’est que jeudi 29 octobre 2009 à dix huit heures qu’ils ont été conduits devant le procureur. Après deux heures de pourparlers, ceux des lauréats prévenus ont été finalement libérés provisoirement. Aux dernières nouvelles, ils ont comparu libres le lendemain (vendredi 30 octobre 2009 Ndlr) au tribunal de première instance pour « trouble à l’ordre public». Des audiences qui ont duré moins de trente minutes, il en ressort que les quatorze prévenus ont tous plaidé non coupable. Le juge Alimatou qui présidait la séance a renvoyé les débats au 04 décembre 2009.

L’affaire

L’on se souvient que le calvaire de cette promotion ne date pas d’aujourd’hui. Selon certains lauréats, arrivés à la Fmsb le 17 juin 2005 à la suite du concours d’entrée au cycle des études biomédicinales et médico-sanitaires lancé par Maurice Tchuente, alors ministre de l’Enseignement supérieur, leur première année s’est passée sans grande difficulté. Peter Ndumbe qui était encore à l’époque doyen de cet établissement saisit la hiérarchie pour le lancement d’un nouveau concours pour une seconde promotion. Mais, lorsque Tetanye Ekoe remplace ce dernier, il méconnaît complètement l’existence de la première promotion. « Il nous avait dit que l’Etat s’était gravement trompé en ouvrant notre cycle et qu’aucun besoin en personnel paramédical n’avait été exprimé par le Minsanté à l’endroit du Minesup », confie le jeune homme. Il poursuit en expliquant que cette année-là, ses camarades et lui ont passé une année blanche. Après plusieurs autres problèmes résolus après des grèves, ils ont pu obtenir, malgré le retard (cinq ans de formation pour la licence et trois ans pour le master Ndlr) leurs parchemins le 24 juillet 2009. Ces lauréats sont au total au nombre de 78, condamnés dans la même situation. Ce sont précisément huit lauréats en spécialité anesthésie et réanimation, huit en biologie clinique, six en immunologie médicale, sept en maladies infectieuses, sept en médecine interne, sept en microbiologie médicale, cinq en ophtalmologie, sept en oto-rhino laryngologie, sept en radiologie et imagerie, 12 en santé publique et huit en virologie. Aujourd’hui, le processus d’intégration du corps des médecins admis la même année qu’eux au concours est suffisamment avancé. Certains de leurs promotionnaires auraient même déjà été intégrés. Pendant ce temps, leur situation stagne.


Le rôle trouble de Mama Fouda

Pour plusieurs de ces lauréats, le ministre de la Santé publique est pour beaucoup dans cette situation compromettante. « Nous relevons dans la façon d’aborder ce problème une volonté préméditée du ministère de la Santé publique de nous exclure », déclare un lauréat en anesthésie. C’est que les grévistes en acceptant les pourparlers avec le Minsanté espéraient un meilleur dénouement à leur problème. Mais apparemment ce dernier a plutôt « enfoncé le couteau dans la plaie ». Non seulement la situation s’apparente à une partie de ping pong entre le Premier ministre et le Minsanté, mais ce dernier va plus loin en les traitant comme des « indésirables ». La preuve, « il nous a catégoriquement fait savoir qu’il ne peut pas cautionner « l’intégration sous titre » comme nous le souhaitons. Il nous a plutôt suggéré une intégration en direct c’est-à-dire que nous allons attendre un éventuel concours que l’Etat lance pour recruter des Camerounais désireux d’intégrer la Fonction publique », confie un lauréat. Une suggestion qui n’est pas du goût des grévistes qui estiment que leur calvaire n’a que trop duré. Après quatre mois de martyre les lauréats redoutent la proposition du Minsanté parce que ce concours sera lancé avec un nombre de places limitées. Toute chose qui pourra les décrédibiliser au moment des résultats dudit concours.

Pourtant, on se souvient qu’en 2001, par décret du président de la République, huit corps de la santé publique ont été ouverts au Cameroun. En 2003, les mouvements de grève organisés par le personnel médico sanitaire qui revendique un bon profil de carrière oblige Urbain Olanguena Awono, alors ministre de la Santé à l’époque, a suggéré à son tour au ministre de l’Enseignement supérieur la création d’un cycle des études biomédicales et médico sanitaire en faculté de médecine à l’université de Yaoundé I. Ce qui sera fait la même année. Il est donc difficile aujourd’hui pour ses lauréats, fruits de ladite promotion, d’être « traités par comme de vulgaires mendiants ». Car à la vérité pensent-ils « le Minsanté donne l’impression que nous supplions pour qu’on puisse nous intégrer. Pourtant c’est un droit pour l’Etat de poursuivre l’action que lui-même a entrepris », tranchent-ils. Affaire à suivre

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